L’Unaf jette son masque : le syndicat d’Henri Clément préfère l’agit-prop à la santé des abeilles

Ecrit le January 18, 2010

C’était prévisible : l’Union nationale d’apiculture française (Unaf) tente désespérément de saborder l’Institut technique apicole créé par le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, suite aux recommandations de la mission parlementaire du député Martial Saddier.

« Nous assistons à une tentative de passage en force, totalement inacceptable, et ce d’autant plus que ces statuts ne correspondent en aucune manière à ce que nous souhaitions, c’est-à-dire un Institut indépendant et dirigé véritablement par les apiculteurs », s’est exclamé Henri Clément dans un courrier daté du 10 janvier 2010 et adressé aux parlementaires. Invoquant un vice de forme dans la constitution de l’Institut, l’Unaf a confié l’affaire à Maître Bernard Fau. Le syndicat prépare également une « grande manifestation pour le 22 janvier 2010, au 149 rue de Bercy ». C’est-à-dire lors de la première réunion du conseil d’administration du nouvel institut.

En réalité, le syndicat d’Henri Clément n’a pas supporté que le ministère de l’Agriculture opte pour la création d’un comité scientifique indépendant. « Le comité scientifique de l’Institut nommé par le ministre de l’Agriculture détiendrait véritablement un pouvoir de décision, alors qu’en principe, il ne possède qu’un rôle consultatif », déplore l’Unaf. Car si le syndicat avait accepté le principe d’un comité scientifique, c’était bien dans l’espoir de le contrôler de l’intérieur. Manque de chance, « ses » experts – c’est-à-dire les quelques derniers chercheurs français qui sont encore persuadés que l’origine des mortalités des abeilles réside exclusivement dans les pesticides – n’ont pas été retenus par le ministère. Or, sans un contrôle total de la recherche, l’Unaf craint de perdre son influence sur l’apiculture française. En effet, une gestion plus équilibrée de la recherche permettrait de prendre en compte les multiples problèmes de la filière, parfaitement résumés dans le rapport du député Saddier.

Mais tel n’est pas le souci de l’Unaf, dont l’existence repose davantage sur sa présence médiatique que sur l’aide apportée aux apiculteurs, amateurs comme professionnels. Ce qui explique que ce n’est pas la première fois que le syndicat apicole participe à la destruction de son propre institut. Comme le rappelle le journaliste du Figaro Yves Miserey, « L’Itapi [l’institut technique apicole mis en place par Raymond Borneck en 1973] a été torpillé [en 1990] par plusieurs dirigeants syndicaux, qui ont refusé de participer à son financement en versant la modique somme d’un franc par ruche ». Depuis, la filière ne s’est jamais portée aussi mal… et les pathologies des abeilles (varroa, loque noire, nosémose, virus, etc.) aussi bien !

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Les syndicats apicoles poursuivent leur marginalisation

Ecrit le January 18, 2010

Les syndicats apicoles veulent-ils vraiment sauver l’apiculture française ? La question mérite d’être posée depuis la constitution d’une fronde organisée contre le directeur de cabinet du ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture de Bruno Le Maire, Pascal Vine. Lors de la réunion du 25 novembre 2009, qui a rassemblé les principaux acteurs de la filière apicole, ce dernier a en effet clairement fait savoir qu’en ce qui concerne le nouvel Institut technique apicole, il entendait s’en tenir à l’orientation définie par l’ancien ministre de l’Agriculture, Michel Barnier.

Or, dans une déclaration solennelle lue au début de la réunion par le représentant de la Confédération paysanne, l’Unaf, le SNA et la Fnosad ont d’une part remis en cause les statuts de l’Institut, d’autre part contesté la présence de Coop de France au sein de son conseil d’administration, ainsi que le choix des membres de son conseil scientifique. La composition du conseil scientifique «  a été imposée avec véhémence par l’administration  », déplore Jean-Marie Barbançon, le président de la Fnosad, qui estime que «  les membres de ce Conseil pour la plupart, ont été triés sur le volet, et on y trouve bien évidemment des gens qui ont toujours déchargé les insecticides imidaclopride et fipronil de la responsabilité des mortalités d’abeilles  ». Il est vrai que parmi les douze chercheurs retenus par le ministère, on ne trouve ni Jean-Marc Bonmatin, ni Marc-Edouard Colin, ni Luc Belzunces, figures historiques de la lutte contre le Gaucho et le Régent.

Est-ce par crainte que ce nouveau comité scientifique fasse preuve de trop d’indépendance que le SNA, la Fnosad et la Confédération paysanne insistent sur le fait que le Conseil scientifique reste « exclusivement consultatif et sans pouvoir de décision » ? Son rôle devrait se restreindre à « étudier la qualité des projets soumis à son expertise  », indiquent-ils. Car derrière «  cette tentative de putsch  » se dissimulerait la FNSEA, croit savoir le SNA, qui fait pourtant partie… du syndicat majoritaire  ! Ne craignant pas le ridicule, la petite association Terre d’Abeilles, présidée par Béatrice Robrolle, proche de Philippe de Villiers, a même présenté un projet alternatif. Elle propose un Institut composé d’un conseil d’administration, auquel ne siègeraient que les syndicats apicoles. Son texte précise qu’une « ONG spécialisée dans la préservation durable des abeilles et de l’environnement » obtiendrait une voix consultative. A savoir… Terre d’Abeilles ! Faisant preuve d’une grande magnanimité, l’association de Béatrice Robrolle propose que la FNSEA dispose, elle aussi, d’une voix consultative, tandis que la Confédération paysanne aurait une voix décisionnelle. Pour les autres organisations agricoles, le dialogue n’est pas possible, estiment Terre d’Abeilles et le SNA, qui dénoncent dans un communiqué de presse du 1er décembre 2009 toute « ouverture aux organisations agricoles, parfaitement incompatible et dangereuse en raison des divergences d’intérêts ». Plus direct, Jean-Marie Barbançon estime que «  si nous n’arrivons pas à changer rapidement le cours des choses, l’apiculture française sera sous la botte de l’agrochimie, l’apiculture sera muselée, l’apiculture sera filière occupée et ceux qui auront accepté et cautionné cela en porteront la responsabilité pour de longues années  ». Face à ce danger, l’apiculteur-vétérinaire compte bien organiser «  la résistance  ». Reste à savoir si le nouvel institut apicole se fera sans la contribution de ces syndicats contestataires. Une question qui ne semble pas gêner outre mesure Pascal Vine, qui a d’ores et déjà précisé que la première réunion du conseil d’administration aurait lieu le 22 janvier 2010. Bref, les chiens aboient, la caravane passe…

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Mortalités d’abeilles : la thèse multifactorielle enfin entérinée

Ecrit le January 18, 2010

Trois ans après la publication du livre Abeilles, l’imposture écologique [1], la thèse multifactorielle de la surmortalité des abeilles est finalement acquise. Révolue, l’époque pas si lointaine où de tels propos suscitaient attaques et injures de la part de certains syndicats apicoles ! Il est vrai que le président de l’Union nationale de l’apiculture française, Henri Clément, peut difficilement continuer à prétendre qu’« il n’y a plus de phénomène massif de dépopulation » depuis l’interdiction du Gaucho et du Régent, comme il l’avait fait dans Le Figaro en février 2007. Cette « explication passe-partout ne passe pas », a admis Gilles Ratia, président d’Apimondia, le congrès international sur l’apiculture qui s’est tenu à Montpellier du 15 au 20 septembre 2009. À cette occasion, le quotidien Le Monde a souligné l’émergence, « pour la première fois, d’un consensus dans le monde scientifique et apicole sur les causes des surmortalités qui affectent les populations d’abeilles de la plupart des continents ». « La théorie de facteurs multiples […] est de plus en plus partagée », ajoute la journaliste Gaëlle Dupont, qui note une différence d’appréciation notoire entre les apiculteurs français, toujours dans leur logique d’accusation des pesticides, et « la plupart des scientifiques qui, eux, ont désigné comme coupable Varroa destructor, un parasite présent partout sur le globe ».

Plus exactement, la communauté scientifique s’accorde sur le fait que l’abeille subit des pressions multiples, qui proviennent d’abord de divers pathogènes (Varroa destructor, Nosema ceranae et différents virus), dont les interactions sont à l’étude, mais aussi d’un appauvrissement de la diversité génétique des abeilles suite à l’existence d’un marché mondial de reines, et enfin de l’exposition chronique aux faibles doses de produits chimiques (pesticides agricoles, miticides apicoles…), conjugués à divers facteurs (nutritionnels, climatiques, etc). Bref, un stress multiple, face auquel l’abeille est très dépourvue.

Comme l’explique à A&E le Dr Jean-Louis Thillier, spécialiste en immunologie, « le génome de l’abeille – qui contient moins de gènes codant les protéines que celui d’autres insectes – est particulièrement déficient en matière de production des enzymes de détoxification des xénobiotiques (antibiotiques ou pesticides de type Coumaphos) ». Cette carence contribue à la vulnérabilité des abeilles face aux insecticides. Mais surtout, le génome de l’abeille présente des déficiences dans le niveau des défensines, une famille de peptides antimicrobiens naturels largement impliqués dans la défense non spécifique, et dont le large spectre d’activité permet à l’organisme de lutter contre divers champignons et bactéries. « Le système de défense spontané, inné, de l’abeille, est nettement moins performant que celui de la mouche ou du moustique, car l’abeille a hypertrophié les gènes associés à son mode d’organisation. Les tâches dévolues à chaque agent sont simples : ramasser un oeuf et l’amener vers un endroit sûr, prendre de la nourriture acheminée par un autre individu et la déposer en un lieu donné, etc. Ce comportement est certes primitif, mais le résultat d’ensemble est cohérent. Cependant, pendant son évolution, l’abeille a « négligé », par rapport à la mouche et au moustique, de développer ses capacités de défense et de détoxification », explique le spécialiste, qui estime que « les échanges internationaux d’essaims sans contrôle des micro-organismes, bien plus que les pesticides, mettent actuellement en péril les abeilles ».

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Livre : l’étrange silence des abeilles

Ecrit le October 6, 2009

Couverture du livre : l'étrange silence des abeilles

Couverture du livre : l'étrange silence des abeilles

Le livre L’étrange silence des abeilles, de Vincent Tardieu, journaliste scientifique spécialisé en écologie, pourrait parfaitement constituer la suite de notre ouvrage Abeilles, l’imposture écologique. En effet, l’auteur reprend l’enquête là où nous l’avions laissée trois ans auparavant. Présentant une investigation riche en rencontres en France et surtout aux Etats-Unis, Vincent Tardieu recense toutes les hypothèses énoncées dans nos derniers chapitres (qui à l’époque avaient suscité quelques critiques de la part du monde apicole) : la piste espagnole (Nosema Ceranae), les travaux des équipes américaines (en particulier sur le virus IAPV), le rôle essentiel et mondialement reconnu du varroa, mais aussi celui des insecticides (apicoles comme agricoles) ; sans oublier, bien entendu, l’impact de la biodiversité et des techniques modernes apicoles sur les colonies (transhumances, nourrissements, appauvrissement génétique des reines, etc.). Au terme d’un parcours très méthodique et rigoureux, l’auteur parvient sans problème à convaincre son lecteur qu’il n’y a pas un unique coupable : « Seulement une bande de scélérats qui conjuguent leurs méfaits pour abattre les colonies ». Métaphore toute en couleurs pour désigner ce que l’Afssa a baptisé depuis plusieurs années, et plus scientifiquement, « les causes multifactorielles du dépérissement des abeilles ». Reste à en définir la hiérarchie. « Varroa ou pesticides : qui fait la poule et qui fait l’œuf ? », se demande ainsi l’auteur, pour simplifier les termes du débat. « Franchement, personne n’en sait rien aujourd’hui », répond, bien sagement, Yves Le Conte, apidologue à l’Inra d’Avignon. Un discours qui tranche avec certaines certitudes – et qu’il est certes plus aisé de tenir en 2009 qu’en 2006.

L’auteur n’hésite pas à jeter quelques pavés dans la mare apicole du politiquement correct, ce qui rend l’ouvrage particulièrement plaisant. Qui n’a pas entendu la fameuse proposition attribuée à Albert Einstein sur la disparition de l’humanité quatre ans après celle des abeilles ? « Je tiens toutefois à rassurer le lecteur. Car nous survivrons à la disparition des abeilles », ironise Vincent Tardieu, qui rappelle que le Prix Nobel n’est en rien l’auteur de cette « prédication millénariste qu’ont repris en chœur tous les médias de la planète ». Le risque de disparition d’Apis mellifera est-il réel ?, se demande d’ailleurs le journaliste scientifique. « La plupart du temps, personne dans les médias ne fait la distinction entre les abeilles sauvages et les abeilles d’élevage. Or le problème de leur mortalité ne se pose pas à l’identique. En effet, avec A. mellifera, nous sommes dans un système totalement artificiel : ces effectifs sont d’abord… ceux que les apiculteurs décident qu’ils soient », souligne l’auteur. Il constate qu’en France, le nombre de colonies de cette productrice de miel demeure à peu près stable depuis 1994 : environ 1,3 million. Un nombre bien constant pour une espèce en voie de disparition ! En revanche, celui des apiculteurs, comme celui de tous les secteurs agricoles, est en baisse permanente depuis 10 ans. A se demander si la crise de l’abeille n’est pas une crise de l’apiculture…

Autre « évidence » mise à mal par l’auteur : sans Apis mellifera, il n’y aurait plus de fruit ni de légume. Certes, l’abeille d’élevage demeure une pollinisatrice essentielle. Mais son rôle exact a peut-être été un peu surestimé, poursuit Vincent Tardieu. « Longtemps, on a en effet pensé et diffusé parmi le grand public l’idée qu’A. mellifera était l’espèce d’abeilles la plus efficace pour remplir cette fonction essentielle pour l’alimentation humaine et la biodiversité », écrit-il. « Et si ce n’était pas le cas ? Si ce n’était qu’un formidable bluff ? », s’interroge le journaliste, qui prend à témoin « plusieurs évaluations de l’impact des espèces d’abeilles sur la pollinisation des cultures, […] qui sont venues mettre à mal la réputation flatteuse de Maya l’abeille ». Encore du politiquement incorrect…

On pourrait poursuivre ainsi la liste d’exemples de vérités « révélées » que Vincent Tardieu démonte habilement. Le journaliste ose même une hypothèse audacieuse : il suggère que Nosema Ceranae, le fameux protozoaire mis en évidence par le chercheur catalan Mariano Higes, pourrait être « cet “apicide” dont les colonies françaises ont été victimes au cours des années quatre-vingt-dix, et pour lequel les mouvements apicoles tricolores ont si bruyamment accusé le Gaucho et le Régent TS ». Nul doute que ces propos placeront l’auteur parmi les rangs infréquentables des « négationnistes des pesticides ». Sauf que Vincent Tardieu s’est trouvé un allié de taille : l’écotoxicologue de l’Inra d’Avignon Luc Belzunces, qui trouve cette hypothèse tout à fait plausible. « Au regard de nos données expérimentales actuelles, cette piste fait partie selon moi des hypothèses sérieuses… », lui a en effet confié le spécialiste en mai dernier. « Voilà qui en fera grincer des dents de ce côté-ci des Pyrénées », poursuit le journaliste.

Bref, ce livre est très dense et plaisant à lire. Néanmoins, il aurait mérité un chapitre supplémentaire, qui aurait consisté à s’interroger sur l’entêtement inconditionnel des principaux syndicats français apicoles (et surtout de l’Unaf) à focaliser leur action sur les pesticides agricoles au détriment de toutes les autres pistes. Comme le note Vincent Tardieu, « à écouter les mouvements apicoles, on a parfois le sentiment que la menace virale s’est arrêtée à nos frontières. Comme un certain nuage radioactif le 29 avril 1986 en provenance de Tchernobyl et stoppant juste au Luxembourg ». Quelques reportages, dont certains réalisés avec le soutien d’une revue scientifique, abondent dans le même sens : ceux-ci auraient même trouvé « la fin du mystère ». Vincent Tardieu poursuit : « Quel contraste avec les propos que tiennent les dizaines de chercheurs, techniciens et apiculteurs avec lesquels je dialogue depuis un an et demi ! Car les scientifiques ont beau aligner face à eux tous les suspects soigneusement examinés, ils ont beau passer en revue une nouvelle fois chacun de leurs forfaits, en vérité, ils ne sont sûrs de rien. » Or, peut-on sérieusement s’attendre à ce que le futur institut apicole – dans lequel siégeront les syndicats apicoles, et qui devra définir les grandes lignes de la recherche apicole française – puisse travailler sereinement sur l’ensemble des pistes qu’évoque brillamment Vincent Tardieu ? La question aurait mérité d’être posée.

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Rebondissement dans l’affaire du miel chinois

Ecrit le June 20, 2009

Un an après l’arrestation aux Etats-Unis de Magnus von Buddenbrock et Stefanie Giesselbach, deux dirigeants de l’entreprise allemande de conditionnement de miel Alfred L. Wolff Inc, les services des douanes américains ont interpellé deux ressortissants chinois : Chung Po Liu, le président de Rainier Cascade et d’Evergreen Produce, deux sociétés d’import-export de miel, et Yong Xiang Yan, président d’une entreprise chinoise de miel. Les deux hommes ont été arrêtés le 13 mai 2009 à l’aéroport international de Los Angeles « pour usage de faux documents visant à faire passer pour thaïlandais ou philippins les miels importés de Chine », a indiqué le Chicago Tribune.

Ces deux arrestations constituent le dernier rebondissement d’une affaire de trafic de miels chinois importés aux Etats-Unis (voir L’ article : Trafic et blanchiment de miel aux États-Unis). Menée par le FBI, l’enquête a révélé qu’une société sise à Bellevue (Seattle) avait importé 32 cargaisons de miel depuis 2002, dont 20 avaient été relabellisées dans le but de camoufler leur provenance. Afin de se soustraire aux taxes anti-dumping mises en place par le gouvernement américain en 2001, un réseau d’importation de miel chinois faisait « transiter » sa production par des pays tiers, notamment l’Inde et les Philippines.

Cette affaire a fait l’objet d’un long reportage publié par le journaliste d’investigation Andrew Schneider dans un numéro du Seattle Post-Intelligence, en décembre dernier. Aujourd’hui, le journaliste – qui suit toujours l’enquête – estime que les trafiquants ne pouvaient opérer qu’avec la complicité active de sociétés américaines de conditionnement et de vente. « La quantité de miel illicitement importé aux Etats-Unis est colossale », indique le journaliste. Or, selon un enquêteur proche de la Food and Drug Administration, cité par Andrew Schneider, « il semble impossible pour un importateur ou un vendeur de miel d’ignorer l’origine chinoise de ces miels pour la simple raison que leur prix est à peu près le tiers de celui des miels en provenance des autres pays ». Ron Phipps, président de CPNA International Ltd, une société qui publie régulièrement des rapports sur le marché du miel, a confirmé que rien qu’en janvier de cette année, 540 tonnes de miel ont été importées aux Etats-Unis au prix unitaire de 0,37 dollar/pound, alors que le miel canadien était vendu à la même époque à 1,55 dollar/pound.

Andrew Schneider souligne que cette affaire « va au-delà de quelques millions de dollars de fraudes douanières ». Il rappelle que certains miels provenant de Chine contiennent des antibiotiques, notamment du chloramphénicole. Interdit aux États-Unis et en Europe, cet antibiotique est utilisé par de nombreux apiculteurs chinois afin de protéger leurs ruches contres certains pathogènes. Andrew Boutros, le procureur chargé de cette affaire, a rappelé qu’« un miel contenant du chloramphénicole est considéré comme dangereux ». La présence de cet antibiotique, aussi insignifiante soit-elle, est donc illégale.

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