“L hypothèse virale est caduque”, écrivait André Cicolella en 2005.

Ecrit le 8 octobre, 2007

Contrairement aux Etats-Unis, « en France, ce virus [Israeli Acute Paralysis Virus (IAPV)] ne peut absolument pas expliquer le déclin de nos abeilles », peut-on lire dans Le Point du 20 septembre 2007. Etonnant ! Il est vrai qu en France, tout est différent, mais de là à ce que la cause du décès de nos abeilles gauloises soit si différente de celle du décès de leurs cousines américaines… Il serait même inutile de vérifier si d’aventure ce virus – découvert récemment en Israël – est présent ici et là dans nos campagnes, car il y a belle lurette que nos spécialistes ès Apis Mellifera ont décrété que la piste des pathogènes n’est pas crédible. « L’hypothèse virale est caduque », écrivait déjà en 2005 André Cicolella, responsable de la Commission santé des Verts, dans son livre Alertes Santé. De toute façon, nous ne disposons pas du moindre laboratoire pour identifier un tel virus, ni la présence de nosema ceranae, un redoutable protozoaire. En effet, en France, on a préféré dépenser l’argent du contribuable – quelques millions d’euros – pour la Grande guerre contre l’ennemi numéro un des abeilles : le Gaucho, et son allié, le Régent TS. « Voilà une dizaine d’années, l’un des principaux syndicats d’apiculteurs, l’Unaf, désignait deux pesticides destinés à combattre les insectes ravageurs, le Gaucho (Bayer) et le Régent (BASF), comme les ennemis à abattre. La bagarre a été homérique, avec parfois des tacles méritant le carton rouge », écrit le journaliste du Point.

Alors, peut-on imaginer un instant qu’on se serait trompé ? Cette hypothèse n’est visiblement pas facile à accepter… Pourtant, « il serait injuste et imbécile d’accuser les seuls pesticides du déclin des abeilles », ose maintenant affirmer le journaliste de l’hebdomadaire. « Injuste et imbécile » ! Bigre, n’est-pas pourtant ce qu’on n’a pas cessé d’entendre et de lire pendant plus de 10 ans, y compris dans les colonnes du Point ?

Mais – honneur à celui qui reconnaît son erreur –, Le Point explique que « l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a été chargée de vérifier si, effectivement, l’effondrement des populations d’abeilles dénoncé par les apiculteurs est réel et si les pesticides, notamment les deux incriminés par l’Unaf, en sont les responsables. Vingt-cinq ruches réparties dans cinq départements ont été mises sous surveillance. Les résultats de l’étude ont été publiés récemment et déçoivent fortement les apiculteurs. Certes, les toxiques en question ont été décelés tout à la fois dans les abeilles, le miel et le pollen, mais, souligne l’Afssa, à doses très faibles ! “Nous n’avons donc observé aucune mortalité anormale dans les ruches étudiées. Les apiculteurs sont mécontents. Mais qu’ils ne disent pas que ces résultats sont faux parce qu’ils ne vont pas dans le bon sens !”, confie, quelque peu énervé, Jean-Pierre Faucon, responsable de la cellule abeille à l’Afssa. »

Le Gaucho et le Régent seraient-ils donc innocents ? C’est aller un peu vite, car voilà qu’apparaît une nouvelle théorie : les deux pesticides provoqueraient un empoisonnement « chronique, qui met en jeu de très faibles doses, mais de façon répétée, et qui peut se révéler tout aussi létal », explique maintenant le toxicologue Luc Belzunces. Il faut bien tenter de sauver la face…

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