Quelques remarques sur les déclarations de Frank Aletru au cours de l’émission de« Les abeilles vont-elles disparaître ? »
Ecrit le 15 October, 2007
Le 12 octobre 2007, Frank Aletru, apiculteur vendéen et militant de l’association écologiste Terre d’Abeilles, a pu exprimer sa vision des problèmes apicoles français actuels sur Radio-France. Les auditeurs ont ainsi pu apprendre que l’état sanitaire des colonies était remarquable : « Les colonies explosent en ce moment. Elles sont magnifiques. Ce sont des bombes, comme on le dit dans notre métier. Il y a des populations magnifiques. Il y a des réserves extraordinaires, des apports de pollens magnifiques. Il y a des quantités de ruches. Je parle des trois-quarts de la France, puisque j’ai des contacts sur les trois-quarts de la France ». Ce qui est étrange, c’est que ces « magnifiques » colonies ne sont pas capables de produire du miel… puisque selon un bilan établi par le président du Syndicat des producteurs de miel de France (SPMF), Joël Schiro, « toutes variétés confondues, la production de miel 2007 est globalement inférieure d’environ 30 % à 2006 qui, déjà, était de 50 % inférieure aux récoltes d’il y a dix ans… ». Sans grande marge d’erreur, on peut en conclure que la production française globale, qui était d’environ 40.000 tonnes en 1997 – période où le Gaucho et le Régent étaient massivement utilisés –, se situera autour de 15.000 tonnes cette année. Le principal responsable de cette hécatombe serait le « changement climatique », qui a toujours aussi bon dos…
Frank Aletru apprend également à ses auditeurs qu’il existerait des pays européens qui n’utilisent aucun pesticide : « Le zéro pesticide, on devra y venir. […] Cela a été réalisé dans les pays d’Europe du Nord », affirme-t-il. Bien entendu, l’apiculteur vendéen ne précise pas de quels pays il s’agit… puisqu’ils n’existent pas !
Enfin, M. Aletru se dit surtout inquiet du respect du cahier des charges des produits phytosanitaires. Il n’hésite pas à s’en prendre aux agriculteurs, comparés pour certains « à des délinquants » : « Il faut impérativement qu’au niveau de l’agriculteur, il y ait un parfait respect du cahier des charges et du mode d’emploi des produits phytosanitaires, tant au niveau de la dose et des horaires de traitements que des périodes par rapport aux floraisons. Cela éviterait beaucoup de problèmes. Il faut qu’il y ait un travail d’éducation, c’est bien mieux que de devoir sanctionner. […] Etre beaucoup plus ferme avec les délinquants, car ce sont des délinquants, quand on ne respecte pas les bonnes pratiques agricoles. Et là, je crois qu’on aura éliminé un gros paquet de problèmes. »
Mais alors que dire des apiculteurs qui ne respectent pas la réglementation ? Pourtant, à lire les comptes rendus des assemblées générales de certains syndicats apicoles, il semble bien que ces pratiques soient monnaie courante. Ainsi, lors de la très officielle assemblée générale du Groupement départemental sanitaire apicole du Pas-de-Calais, le 11 mars 2007, un apiculteur a demandé comment mettre en œuvre un traitement à base d’acide oxalique. La réponse, publiée dans une revue apicole, mérite d’être citée intégralement : « Ce produit n’a pas d’autorisation de mise sur le marché en France (AMM). Il s’agit d’un produit dangereux dont la manipulation nécessite des précautions (lunettes, gants, masques) ». Jusque-là, rien à dire. Mais l’orateur poursuit : « Il faut dissoudre 100 g d’acide oxalique dans un sirop de nourrissement composé d’un litre d’eau tiède et d’un kg de sucre… » A quoi sert de donner le mode d’emploi d’un produit interdit, sinon pour en promouvoir l’usage ? Et que faire si l’Apiguard n’est pas efficace, demande ensuite un autre intervenant. Réponse : « Il est préférable de se tourner vers d’autres produits. Pourquoi pas le Tactic par égouttage ou sur les cartons imprégnés ? Encore une fois, ce produit n’a pas d’AMM en France pour cet usage et il laisserait des résidus dans le miel ». Le consommateur appréciera…
L’utilisation des produits illicites en apiculture est un secret de polichinelle. « A peine 40 % du cheptel apicole francais est traité contre le varroa avec des produits dûment homologués », confirme à Agriculture & Environnement un responsable apicole. Il s’agit essentiellement de pesticides agricoles ou d’antiparasitaires à usage vetérinaire sur animaux (moutons, chiens) comme le Klartan, le Tactic ou le Coumaphos, qui ne bénéficient d’aucune AMM sur les abeilles…
Mais que fait donc M. Aletru pour mettre de l’ordre dans la profession ?
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