Mortalités d’abeilles : la thèse multifactorielle enfin entérinée

Ecrit le January 18, 2010

Trois ans après la publication du livre Abeilles, l’imposture écologique [1], la thèse multifactorielle de la surmortalité des abeilles est finalement acquise. Révolue, l’époque pas si lointaine où de tels propos suscitaient attaques et injures de la part de certains syndicats apicoles ! Il est vrai que le président de l’Union nationale de l’apiculture française, Henri Clément, peut difficilement continuer à prétendre qu’« il n’y a plus de phénomène massif de dépopulation » depuis l’interdiction du Gaucho et du Régent, comme il l’avait fait dans Le Figaro en février 2007. Cette « explication passe-partout ne passe pas », a admis Gilles Ratia, président d’Apimondia, le congrès international sur l’apiculture qui s’est tenu à Montpellier du 15 au 20 septembre 2009. À cette occasion, le quotidien Le Monde a souligné l’émergence, « pour la première fois, d’un consensus dans le monde scientifique et apicole sur les causes des surmortalités qui affectent les populations d’abeilles de la plupart des continents ». « La théorie de facteurs multiples […] est de plus en plus partagée », ajoute la journaliste Gaëlle Dupont, qui note une différence d’appréciation notoire entre les apiculteurs français, toujours dans leur logique d’accusation des pesticides, et « la plupart des scientifiques qui, eux, ont désigné comme coupable Varroa destructor, un parasite présent partout sur le globe ».

Plus exactement, la communauté scientifique s’accorde sur le fait que l’abeille subit des pressions multiples, qui proviennent d’abord de divers pathogènes (Varroa destructor, Nosema ceranae et différents virus), dont les interactions sont à l’étude, mais aussi d’un appauvrissement de la diversité génétique des abeilles suite à l’existence d’un marché mondial de reines, et enfin de l’exposition chronique aux faibles doses de produits chimiques (pesticides agricoles, miticides apicoles…), conjugués à divers facteurs (nutritionnels, climatiques, etc). Bref, un stress multiple, face auquel l’abeille est très dépourvue.

Comme l’explique à A&E le Dr Jean-Louis Thillier, spécialiste en immunologie, « le génome de l’abeille – qui contient moins de gènes codant les protéines que celui d’autres insectes – est particulièrement déficient en matière de production des enzymes de détoxification des xénobiotiques (antibiotiques ou pesticides de type Coumaphos) ». Cette carence contribue à la vulnérabilité des abeilles face aux insecticides. Mais surtout, le génome de l’abeille présente des déficiences dans le niveau des défensines, une famille de peptides antimicrobiens naturels largement impliqués dans la défense non spécifique, et dont le large spectre d’activité permet à l’organisme de lutter contre divers champignons et bactéries. « Le système de défense spontané, inné, de l’abeille, est nettement moins performant que celui de la mouche ou du moustique, car l’abeille a hypertrophié les gènes associés à son mode d’organisation. Les tâches dévolues à chaque agent sont simples : ramasser un oeuf et l’amener vers un endroit sûr, prendre de la nourriture acheminée par un autre individu et la déposer en un lieu donné, etc. Ce comportement est certes primitif, mais le résultat d’ensemble est cohérent. Cependant, pendant son évolution, l’abeille a « négligé », par rapport à la mouche et au moustique, de développer ses capacités de défense et de détoxification », explique le spécialiste, qui estime que « les échanges internationaux d’essaims sans contrôle des micro-organismes, bien plus que les pesticides, mettent actuellement en péril les abeilles ».

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Livre : l’étrange silence des abeilles

Ecrit le October 6, 2009

Couverture du livre : l'étrange silence des abeilles

Couverture du livre : l'étrange silence des abeilles

Le livre L’étrange silence des abeilles, de Vincent Tardieu, journaliste scientifique spécialisé en écologie, pourrait parfaitement constituer la suite de notre ouvrage Abeilles, l’imposture écologique. En effet, l’auteur reprend l’enquête là où nous l’avions laissée trois ans auparavant. Présentant une investigation riche en rencontres en France et surtout aux Etats-Unis, Vincent Tardieu recense toutes les hypothèses énoncées dans nos derniers chapitres (qui à l’époque avaient suscité quelques critiques de la part du monde apicole) : la piste espagnole (Nosema Ceranae), les travaux des équipes américaines (en particulier sur le virus IAPV), le rôle essentiel et mondialement reconnu du varroa, mais aussi celui des insecticides (apicoles comme agricoles) ; sans oublier, bien entendu, l’impact de la biodiversité et des techniques modernes apicoles sur les colonies (transhumances, nourrissements, appauvrissement génétique des reines, etc.). Au terme d’un parcours très méthodique et rigoureux, l’auteur parvient sans problème à convaincre son lecteur qu’il n’y a pas un unique coupable : « Seulement une bande de scélérats qui conjuguent leurs méfaits pour abattre les colonies ». Métaphore toute en couleurs pour désigner ce que l’Afssa a baptisé depuis plusieurs années, et plus scientifiquement, « les causes multifactorielles du dépérissement des abeilles ». Reste à en définir la hiérarchie. « Varroa ou pesticides : qui fait la poule et qui fait l’œuf ? », se demande ainsi l’auteur, pour simplifier les termes du débat. « Franchement, personne n’en sait rien aujourd’hui », répond, bien sagement, Yves Le Conte, apidologue à l’Inra d’Avignon. Un discours qui tranche avec certaines certitudes – et qu’il est certes plus aisé de tenir en 2009 qu’en 2006.

L’auteur n’hésite pas à jeter quelques pavés dans la mare apicole du politiquement correct, ce qui rend l’ouvrage particulièrement plaisant. Qui n’a pas entendu la fameuse proposition attribuée à Albert Einstein sur la disparition de l’humanité quatre ans après celle des abeilles ? « Je tiens toutefois à rassurer le lecteur. Car nous survivrons à la disparition des abeilles », ironise Vincent Tardieu, qui rappelle que le Prix Nobel n’est en rien l’auteur de cette « prédication millénariste qu’ont repris en chœur tous les médias de la planète ». Le risque de disparition d’Apis mellifera est-il réel ?, se demande d’ailleurs le journaliste scientifique. « La plupart du temps, personne dans les médias ne fait la distinction entre les abeilles sauvages et les abeilles d’élevage. Or le problème de leur mortalité ne se pose pas à l’identique. En effet, avec A. mellifera, nous sommes dans un système totalement artificiel : ces effectifs sont d’abord… ceux que les apiculteurs décident qu’ils soient », souligne l’auteur. Il constate qu’en France, le nombre de colonies de cette productrice de miel demeure à peu près stable depuis 1994 : environ 1,3 million. Un nombre bien constant pour une espèce en voie de disparition ! En revanche, celui des apiculteurs, comme celui de tous les secteurs agricoles, est en baisse permanente depuis 10 ans. A se demander si la crise de l’abeille n’est pas une crise de l’apiculture…

Autre « évidence » mise à mal par l’auteur : sans Apis mellifera, il n’y aurait plus de fruit ni de légume. Certes, l’abeille d’élevage demeure une pollinisatrice essentielle. Mais son rôle exact a peut-être été un peu surestimé, poursuit Vincent Tardieu. « Longtemps, on a en effet pensé et diffusé parmi le grand public l’idée qu’A. mellifera était l’espèce d’abeilles la plus efficace pour remplir cette fonction essentielle pour l’alimentation humaine et la biodiversité », écrit-il. « Et si ce n’était pas le cas ? Si ce n’était qu’un formidable bluff ? », s’interroge le journaliste, qui prend à témoin « plusieurs évaluations de l’impact des espèces d’abeilles sur la pollinisation des cultures, […] qui sont venues mettre à mal la réputation flatteuse de Maya l’abeille ». Encore du politiquement incorrect…

On pourrait poursuivre ainsi la liste d’exemples de vérités « révélées » que Vincent Tardieu démonte habilement. Le journaliste ose même une hypothèse audacieuse : il suggère que Nosema Ceranae, le fameux protozoaire mis en évidence par le chercheur catalan Mariano Higes, pourrait être « cet “apicide” dont les colonies françaises ont été victimes au cours des années quatre-vingt-dix, et pour lequel les mouvements apicoles tricolores ont si bruyamment accusé le Gaucho et le Régent TS ». Nul doute que ces propos placeront l’auteur parmi les rangs infréquentables des « négationnistes des pesticides ». Sauf que Vincent Tardieu s’est trouvé un allié de taille : l’écotoxicologue de l’Inra d’Avignon Luc Belzunces, qui trouve cette hypothèse tout à fait plausible. « Au regard de nos données expérimentales actuelles, cette piste fait partie selon moi des hypothèses sérieuses… », lui a en effet confié le spécialiste en mai dernier. « Voilà qui en fera grincer des dents de ce côté-ci des Pyrénées », poursuit le journaliste.

Bref, ce livre est très dense et plaisant à lire. Néanmoins, il aurait mérité un chapitre supplémentaire, qui aurait consisté à s’interroger sur l’entêtement inconditionnel des principaux syndicats français apicoles (et surtout de l’Unaf) à focaliser leur action sur les pesticides agricoles au détriment de toutes les autres pistes. Comme le note Vincent Tardieu, « à écouter les mouvements apicoles, on a parfois le sentiment que la menace virale s’est arrêtée à nos frontières. Comme un certain nuage radioactif le 29 avril 1986 en provenance de Tchernobyl et stoppant juste au Luxembourg ». Quelques reportages, dont certains réalisés avec le soutien d’une revue scientifique, abondent dans le même sens : ceux-ci auraient même trouvé « la fin du mystère ». Vincent Tardieu poursuit : « Quel contraste avec les propos que tiennent les dizaines de chercheurs, techniciens et apiculteurs avec lesquels je dialogue depuis un an et demi ! Car les scientifiques ont beau aligner face à eux tous les suspects soigneusement examinés, ils ont beau passer en revue une nouvelle fois chacun de leurs forfaits, en vérité, ils ne sont sûrs de rien. » Or, peut-on sérieusement s’attendre à ce que le futur institut apicole – dans lequel siégeront les syndicats apicoles, et qui devra définir les grandes lignes de la recherche apicole française – puisse travailler sereinement sur l’ensemble des pistes qu’évoque brillamment Vincent Tardieu ? La question aurait mérité d’être posée.

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Rebondissement dans l’affaire du miel chinois

Ecrit le June 20, 2009

Un an après l’arrestation aux Etats-Unis de Magnus von Buddenbrock et Stefanie Giesselbach, deux dirigeants de l’entreprise allemande de conditionnement de miel Alfred L. Wolff Inc, les services des douanes américains ont interpellé deux ressortissants chinois : Chung Po Liu, le président de Rainier Cascade et d’Evergreen Produce, deux sociétés d’import-export de miel, et Yong Xiang Yan, président d’une entreprise chinoise de miel. Les deux hommes ont été arrêtés le 13 mai 2009 à l’aéroport international de Los Angeles « pour usage de faux documents visant à faire passer pour thaïlandais ou philippins les miels importés de Chine », a indiqué le Chicago Tribune.

Ces deux arrestations constituent le dernier rebondissement d’une affaire de trafic de miels chinois importés aux Etats-Unis (voir L’ article : Trafic et blanchiment de miel aux États-Unis). Menée par le FBI, l’enquête a révélé qu’une société sise à Bellevue (Seattle) avait importé 32 cargaisons de miel depuis 2002, dont 20 avaient été relabellisées dans le but de camoufler leur provenance. Afin de se soustraire aux taxes anti-dumping mises en place par le gouvernement américain en 2001, un réseau d’importation de miel chinois faisait « transiter » sa production par des pays tiers, notamment l’Inde et les Philippines.

Cette affaire a fait l’objet d’un long reportage publié par le journaliste d’investigation Andrew Schneider dans un numéro du Seattle Post-Intelligence, en décembre dernier. Aujourd’hui, le journaliste – qui suit toujours l’enquête – estime que les trafiquants ne pouvaient opérer qu’avec la complicité active de sociétés américaines de conditionnement et de vente. « La quantité de miel illicitement importé aux Etats-Unis est colossale », indique le journaliste. Or, selon un enquêteur proche de la Food and Drug Administration, cité par Andrew Schneider, « il semble impossible pour un importateur ou un vendeur de miel d’ignorer l’origine chinoise de ces miels pour la simple raison que leur prix est à peu près le tiers de celui des miels en provenance des autres pays ». Ron Phipps, président de CPNA International Ltd, une société qui publie régulièrement des rapports sur le marché du miel, a confirmé que rien qu’en janvier de cette année, 540 tonnes de miel ont été importées aux Etats-Unis au prix unitaire de 0,37 dollar/pound, alors que le miel canadien était vendu à la même époque à 1,55 dollar/pound.

Andrew Schneider souligne que cette affaire « va au-delà de quelques millions de dollars de fraudes douanières ». Il rappelle que certains miels provenant de Chine contiennent des antibiotiques, notamment du chloramphénicole. Interdit aux États-Unis et en Europe, cet antibiotique est utilisé par de nombreux apiculteurs chinois afin de protéger leurs ruches contres certains pathogènes. Andrew Boutros, le procureur chargé de cette affaire, a rappelé qu’« un miel contenant du chloramphénicole est considéré comme dangereux ». La présence de cet antibiotique, aussi insignifiante soit-elle, est donc illégale.

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Des miels français présentés au Concours Général Agricole 2008 contenaient des antibiotiques

Ecrit le May 14, 2009

Le miel chinois n’est pas le seul à connaître des contaminations par antibiotiques (voir Trafic et blanchiment de miel aux États-Unis). Selon une enquête réalisée par le Centre d’études techniques de Moselle (Cetam), et dont les résultats ont été confirmés par l’Afssa, près de 10 % du miel français présenté au Concours Général Agricole (CGA) de 2008 et à la Foire aux Miels de Montauban contiennent des résidus non négligeables de tétracyclines – une famille d’antibiotiques déconseillés aux femmes enceintes car ils peuvent altérer et changer la configuration de la dent en formation chez le fœtus. « Sur 100 miels analysés, 9 présentent des teneurs en résidus de tétracyclines supérieures ou égales à 15 µg/kg », indique un article publié à ce sujet dans le dernier numéro de la revue de la Société des experts chimistes de France [1]. Les auteurs concluent sans ambiguïté : « Cette enquête montre que les miels français livrés à la consommation peuvent présenter des résidus de tétracycline. Ils devraient être retirés de la vente. » La note de service de la Direction générale de l’Agriculture sur l’usage de tétracyclines dans le traitement des ruchers atteints de loque, datée du 11 février 2005, est d’ailleurs très claire à ce sujet : « Sur le plan réglementaire, le miel doit être considéré comme impropre à la consommation humaine », avertissent ses auteurs, qui précisent que ce miel ne peut pas davantage servir au nourrissement d’autres colonies. « Il contient des antibiotiques qui entraîneraient la présence de résidus dans le miel des colonies nourries », indique la circulaire. En aucun cas, ce miel n’aurait dû se trouver sur le marché, et encore moins être présent à un concours « de renommée », qui ne soumet ses candidats qu’à des analyses physico-chimiques portant sur des critères de qualité (l’humidité, les teneurs en sucre ou l’analyse pollinique). Curieusement, aucune analyse effectuée dans le cadre de ce concours ne portait sur des résidus de contaminants. Or, avec 10% d’échantillons positifs présentant des teneurs allant jusqu’à 1.217 µg/kg (analyse ELISA), on peut se demander si l’usage d’antibiotiques reste aussi marginal que ne veut bien le faire croire la profession apicole. D’autant plus que, comme l’indique le Cetam, cette enquête a été réalisée « dans le but d’évaluer les teneurs en tétracyclines sur un échantillon le plus représentatif possible de miels français ». Trouver près de 10% de miel contaminé n’est donc pas une simple erreur de parcours…

Plus généralement, les auteurs de l’enquête remettent sur la table le problème du traitement médicamenteux des maladies bactériennes du couvain. Comme ils le rappellent, « l’augmentation des exigences réglementaires et scientifiques a contribué au déficit croissant des médicaments vétérinaires. Ce déficit est particulièrement marqué pour les petites filières animales, qui ne constituent pas un marché important pour les industriels du médicament ». En effet, aucune autorisation de mise sur le marché (AMM) ne peut être délivrée sans qu’une limite maximale de résidus (LMR) n’ait été établie au préalable. Or, « compte tenu du coût élevé des études scientifiques nécessaires pour établir les dossiers de LMR, seules les espèces les plus importantes dites “majeures” ont fait l’objet de travaux. Ainsi, pour les abeilles, espèces dites mineures, aucun antibiotique n’a pu faire l’objet d’une demande d’AMM », indique les auteurs. De leur côté, les syndicats apicoles ont pris ce dossier d’autant moins à bras le corps qu’ils ont préféré communiquer sur le thème : « nos abeilles n’ont pas de problèmes sanitaires ». Résultat : laissés à leur propre sort, les apiculteurs en sont réduits à faire ce qu’ils peuvent… quitte à prendre quelques libertés avec la réglementation sanitaire !

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[1] : Les antibiotiques et l’apiculture : conséquences sur la qualité sanitaire des miels ; A-C Martel & J-P Faucon (Afssa), P. Schweitzer (CETAM), C. Cailteau, Département de Génie biologique de l’Université Paul Verlaine (Thionville-Yutz) ; Annales des Falsifications, de l’expertise chimique & toxicologique, N° 970, 1er semestre 2009.

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La présidente de Terre d’Abeilles condamnée à 5.000 euros pour « publicité trompeuse »

Ecrit le May 14, 2009

Le 16 avril 2009, Béatrice Robrolle-Mary a été condamnée par la Cour d’appel de Bourges à 5.000 euros d’amende pour « publicité trompeuse », pouvait-on lire dans le journal local, La République du Centre, daté du 17 avril 2009. Une affaire bien embarrassante pour la présidente de Terre d’abeilles, qui souhaite que son association obtienne un poste au conseil d’administration du futur Institut apicole mis en place par le ministère de l’Agriculture. Elle a donc annoncé son intention de se pourvoir en cassation.

Les faits, qui datent de 2006, ne concernent pas Terre d’Abeilles, mais le Domaine apicole de Chézelles (Indre), dont Béatrice Robrolle-Mary assurait à l’époque la cogérance avec sa sœur, Marie-Cécile. Après avoir effectué deux contrôles, en janvier et mars 2006, la répression des fraudes (DGCCRF) a estimé que le catalogue de vente par correspondance du Domaine contenait « une publicité de nature à induire en erreur le consommateur moyen ». « Dans le catalogue, il est dit que la gelée royale est issue d’une “sélection“. Mais il n’est pas précisé qu’elle est à 72 %, importée d’Inde et de Chine », a indiqué le représentant de la DGCCRF de l’Indre au quotidien local. Au cours de l’audience, Béatrice Robrolle-Mary a en effet admis qu’une partie considérable de la gelée royale vendue par sa société n’était pas d’origine française. « En France, on n’en produit pas assez. Même si je voulais acheter une tonne de gelée royale française à 600 € le kilo, je ne pourrais pas. Notre miellerie en produit 550 kg par an et on est le plus gros producteur de France », s’est-elle justifiée. Pour sa défense, son avocat a indiqué qu’une telle mention « n’était pas obligatoire lors des faits, cela ne l’est devenu qu’à la fin de l’année 2006 ». L’avocat, qui n’a pas su convaincre les magistrats, a ensuite brandi des études affirmant que de toute manière, l’origine de la gelée royale n’a aucun impact sur sa qualité : « Ce n’est pas un produit gastronomique. Son goût est infect. C’est une production interne aux larves de la ruche, sans aucune relation avec le miel ou la qualité des fleurs butinées ». Pourtant, ce produit « infect » – auquel sont attribuées à Chézelles des vertus sanitaires exceptionnelles – est vendu par le Domaine pour la modique somme de 14 euros le flacon de 10 grammes, soit 1.400 euros le kg, alors qu’on peut s’en procurer chez des importateurs chinois à moins de 50 euros le kg !

Pour justifier son prix de vente élevé, le Domaine de Chézelles indique que « la production de gelée royale demande des efforts énormes, chaque ruche n’en produisant qu’une infime quantité ». En conséquence, il recommande de « se fournir directement auprès d’un apiculteur » et avertit que « peu d’apiculteurs sont équipés pour produire et récolter la précieuse Gelée Royale dans les règles de l’art ».

Contacté par A&E, un responsable de la DGCCRF a confirmé que d’autres affaires concernant la gelée royale « sortiront bientôt »…

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