Les apiculteurs ont le bourdon
Ecrit le mars 17, 2008
Il y avait la varroa jacobsoni, il y a désormais la nosema ceranae, un protozoaire qui décime les ruches jurassiennes. Sur 23 000 ruches recensées, 2 500 sont mortes. Une hécatombe.
Le phénomène a surpris les apiculteurs. En décembre, après plusieurs semaines de températures clémentes, ils se sont retrouvé devant des ruches vides ! À peine une poignée d’abeilles mortes, du pollen et du miel en quantité suffisante pour passer l’hiver.
Pour Raymond Borneck, président du syndicat des apiculteurs jurassiens, l’affaire ne fait pas de doute : « Les abeilles se sont envolées pour aller mourir ailleurs. » Le problème, c’est que ces morts en série ne datent pas d’hier. En fait elles ont commencé il y a trois ans, avec un léger tassement l’an dernier. Du coup, c’est aujourd’hui la panique. Sur les 23 000 ruches du Jura, on estime que 2 500 sont mortes, tant chez les apiculteurs professionnels (une vingtaine) que chez les 300 amateurs déclarés et tant sur les plateaux qu’en plaine. Et encore, il s’agit là d’un chiffre global puisque la mortalité est variable d’un rucher à l’autre. Certains producteurs ont absolument tout perdu.
D’où vient cette hécatombe ? Vraisemblablement d’une conjonction de phénomènes. Au Varroa, parasite arrivé du Sud-Est asiatique dans les années 80, pour lequel des traitements existent, se sont ajoutés d’autres facteurs : des conditions climatiques excécrables l’an dernier, des virus, un pollen de mauvaise qualité, des pesticides. Mais surtout, la confirmation d’un protozoaire, la Nosema Ceranae, dont la présence avait déjà été decelée il y a trois ans grâce à une analyse réalisée par un laboratoire espagnol proche de Guadalajara. Pour Raymond Borneck, à l’origine de cette analyse, la Nosema n’est pas une inconnue dans le Jura : « On la trouve aussi dans le ver à soie, mais cette année on était sûrs qu’elle était présente. Comment est-elle arrivée chez nous ? Vous savez, les maladies des insectes font le tour de la planète très rapidement avec la multiplication des échanges mondiaux. Celle-ci vient, elle aussi, du Sud-Est asiatique. »
Le problème avec la Nosema, c’est que les apiculteurs n’ont pas de traitement pour l’éradiquer. Ou plutôt si. Mais il s’agit du Fumidil B, un antibiotique interdit en France. Résultat, la consigne est donnée de désinfecter les ruches à l’acide acéthique et de repartir à zéro, c’est-à-dire trouver des essaims, les acheter (de 96 à 105 euros) et repeupler. L’espoir, actuellement, c’est l’obtention d’une dérogation ministérielle pour utiliser la fumaligine car pour l’instant, il faut bien reconnaître que l’état de la recherche en France ne permet pas d’obtenir des résultats à court terme.
A. Spicher
aspicher@leprogres.fr
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Un réseau national pour protéger l’apiculture canadienne
Ecrit le mars 12, 2008
« La population d’abeilles du Canada a été endommagée et secouée par une série de nouvelles menaces sanitaires », peut-on lire dans un article publié le 20 janvier dans The Canadian Press, qui relate des discussions qui ont eu lieu lors des réunions nationales du Conseil canadien du Miel (Canadian Honey Council) et de l’Association canadienne des professionnels de l’apiculture (Canadian Association of Professional Apiculturists), courant janvier. Il est surtout question de mettre en place un réseau de recherche et des méthodes de surveillance pour protéger l’apiculture.
Selon ces deux associations apicoles, l’année dernière a en effet été très éprouvante pour les apiculteurs dans tout le Nord de l’Amérique. Presque 30 % des colonies d’abeilles canadiennes sont mortes durant l’hiver dernier, c’est-à-dire deux fois que d’habitude. « Tout comme les Etats-Unis, notre pays a rencontré des pertes sans précédent depuis deux ans », explique Stephen Pernal, un chercheur canadien de Beaverlodge, dans le nord ouest de l’Alberta. Le Pr Bill Currie, entomologiste à l’université de Manitoba, estime qu’une des causes réside dans le fait « que les acariens qui sont porteurs de différents virus sont devenus résistants aux méthodes de lutte qui les maintenaient traditionnellement sous contrôle. Ils agissent en fait comme des aiguilles sous-cutanées, injectant des nouveaux virus dans les abeilles. Or, nous savons très peu de ces virus. » C’est ce qui explique que de nouvelles souches de maladies se sont transformées à partir de formes existantes, rendant très difficile la distinction entre ces différentes formes. « Afin de déterminer ce qui aurait pu affecter les colonies l’an passé, nos chercheurs ont du envoyer des échantillons à des laboratoires en Suède et aux Etats-Unis pour pouvoir faire une analyse plus approfondies », poursuit le Professeur Currie. entomologiste à l’université de Manitoba, estime qu’une des causes réside dans le fait « que les acariens qui sont porteurs de différents virus sont devenus résistants aux méthodes de lutte qui les maintenaient traditionnellement sous contrôle. Ils agissent en fait comme des aiguilles sous-cutanées, injectant des nouveaux virus dans les abeilles. Or, nous savons très peu de ces virus. » C’est ce qui explique que de nouvelles souches de maladies se sont transformées à partir de formes existantes, rendant très difficile la distinction entre ces différentes formes. « Afin de déterminer ce qui aurait pu affecter les colonies l’an passé, nos chercheurs ont du envoyer des échantillons à des laboratoires en Suède et aux Etats-Unis pour pouvoir faire une analyse plus approfondies », poursuit le Professeur Currie.
Le problème des abeilles ne concerne pas que les producteurs de miel, rappelle Stephen Pernal. Tout comme aux Etats-Unis, l’apiculture a un impact sur l’agriculture qui dépend des pollinisateurs domestiques. C’est le cas des cultures des pommes, des airelles, des myrtilles et des framboises, mais aussi de certains hybrides de colza, le canola, qui est beaucoup cultivé dans tout l’ouest du Canada, précise Stephen Pernal.
Un réseau de surveillance pourrait représenter le premier stade d’un meilleur système d’avertissement pour détecter les problèmes et permettre aux apiculteurs d’agir avant que leurs ruches soient affectées, poursuit le chercheur. Certaines provinces, tels que l’Ontario, ont déjà un très bon réseau de surveillance, ce qui n’est pas le cas des provinces de l’est canadien. Cependant, il reste encore à convaincre les responsables politiques de la nécessité de participer au financement de ce réseau.
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Plus d’abeilles en Grande Bretagne d’ici dix ans : info ou intox ?
Ecrit le mars 12, 2008
Selon l’Association des apiculteurs britanniques (BBKA), les abeilles pourraient disparaître de Grande Bretagne dans moins d’une décennie ! C’est en tout cas ce que rapporte le journaliste Jasper Copping, dans l’édition du 20 janvier 2007 du journal britannique Telegraph. A Londres, on estime qu’environ 4 000 ruches - deux tiers des colonies d’abeilles dans la capitale - sont mortes l’hiver dernier. « Certains apiculteurs très expérimentés ont subit des pertes de colonies dans des circonstance assez mystérieuses », confirme l’entomologiste Norman Carreck, dans un autre article, en date du 12 février, et publié dans le BBC News Magazine.
Outre-Manche, ce ne sont les pesticides agricoles, qui sont mis en cause, mais une forme plus virulente de maladies, poursuit Tim Lovett, le président de BBKA. Il souligne également l’insuffisance des méthodes de lutte disponibles contre certains pathogènes. Surtout depuis que l’acarien Varroa destructor est devenu résistant à certains traitements. Un diagnostic que confirme Norman Carreck. Interrogé par Jasper Copping, le Pr. Francis Ratniek, spécialiste des abeilles à l’université de Sheffield, averti : « S’il y avait un effondrement des abeilles les effets sur la Grande Bretagne seraient immenses. Or, nous n’avons pas eu notre part en financements pour la recherche sur les abeilles, et celle concernant les maladies des abeilles a diminuée, alors que la menace sur les colonies est croissante ».
Aujourd’hui, le syndicat apicole britannique, qui regroupe 11000 adhérents, essentiellement des apiculteurs amateurs, est donc mobilisé pour obtenir du gouvernement un budget de £8 millions pour les cinq prochaines années. « Il faut relancer des programmes de recherche et d’en financer de nouveaux. £8 millions représente le minimum indispensable pour garantir la survie de l’apiculture britannique », estime Tim Lovett. Or, « le gouvernement ne montre aucun signe sérieux pour entreprendre des mesures pour éviter un désastre », note le président. Jusqu’à présent, Lord Rooker, le ministre de l’agriculture, a en effet refusé d’augmenter les dépenses consacrées à la recherche apicole. Même son de cloche du côté du ministère de l’environnement, qui est en liaison avec les scientifiques américains, et qui estime que les mortalités d’abeilles en Grande Bretagne ne sont pas comparables au syndrome de dépopulation connu aux Etats-Unis sous le nom de CCD. Selon le gouvernement, il n’y aurait donc pas de raison de paniquer.
Un avis que partagent certains apiculteurs expérimentés, comme Chris Slade. Apiculteur de Maiden Newton, un petit village dans le sud de l’Angleterre, depuis plus de trente ans, il reconnaît que l’apiculture a toujours connu des hauts et des bas : « On entend beaucoup d’exagérations. L’apiculture a toujours traverser des périodes de prospérités et des périodes de disette ». Outre les nouvelles pathologies, l’apiculteur n’exclu que les variations du climat, pourraient porter une part importante des responsabilités. en particulier les longueurs inhabituelles de l’été. « Les hivers cléments ne sont pas davantage favorables aux abeilles, parce qu’elles sortent trop tôt des ruches. Elles épuisent leur énergie sans pour autant trouver de la nourriture », confirme Norman Carreck, qui insiste sur l’importance de la pollinisation, et donc du rôle des abeilles. Un message qui a parfaitement été compris par la journaliste du Guarden, Alison Benjamin, qui va sortir, courant juin 2008, un livre intitulé : « Un monde sans abeilles ». Et « afin d’apporter un peu de nature dans la ville », elle a mis une ruche dans son appartement actuelle, à Battersea, au cœur de Londres, a-t-elle expliqué à la BBC…
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Des mortalités d’abeilles hivernales « relativement importantes », selon le président de l’Unaf Henri Clément
Ecrit le mars 11, 2008
Certaines personnes possèdent incontestablement l’art de communiquer. Alors que la situation de l’apiculture française continue à s’aggraver, Henri Clément a réussi à se faire réélire président de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), à l’unanimité absolue (83 voix sur 83 votants !), lors de l’assemblée générale du syndicat qui s’est tenue le 23 février 2008 à Paris. Il est vrai que les choses baignent au syndicat de la rue des Tournelles : cotisations en hausse de 12%, abonnements en hausse de 22%, recettes publicitaires en progression (+18%) et « un compte de résultat positif de 15.000 euros ». Comme le note le rapport moral, la communication du syndicat « procure de nouvelles recettes et participe à la reconnaissance du travail de l’Unaf ». Bref, que des bonnes nouvelles ! Henri Clément ne doit pas regretter d’avoir confié à son amie Renée Garaud le poste d’attachée de presse du syndicat. Après avoir réalisé le film de propagande anti-Gaucho Témoin Gênant, la cinéaste, visiblement recyclée dans la communication, peut ainsi continuer à œuvrer au bon développement de l’Unaf – qui ne correspond pas nécessairement à l’amélioration de l’apiculture française.
Car la réalité économique et sanitaire de l’apiculture est elle toujours très préoccupante… Ce qui apparaît d’ailleurs en filigrane du rapport d’activité rédigé par Raymond Saunier, qui souligne en effet que « la production nationale [de miel] est estimée au niveau le plus bas jamais atteint de 18.000 tonnes ». Côté sanitaire, le constat est bien moins reluisant que ne l’affirmait encore Henri Clément le 29 janvier dernier. Devant la vingtaine de journalistes présents à sa conférence de presse, le président de l’Unaf s’était alors félicité du fait que « la situation a continué à s’améliorer au niveau des ruchers français et les mortalités hivernales en 2006/2007 se sont situées, pour la première fois depuis très longtemps, à un niveau proche de la mortalité naturelle, c’est à dire inférieure à 10% ». Bien entendu, le syndicat attribuait cet excellent résultat à « la suspension d’utilisation du Gaucho et du Régent, en France, depuis 2005 ». En privé – ou plutôt en l’absence des médias –, le discours du président n’est plus du tout le même. Les mortalités d’abeilles « semblent relativement importantes dans certaines régions », a-t-il expliqué aux 83 apiculteurs présents à l’AG. En clair : la suspension d’utilisation du Gaucho et du Régent n’a permis ni de meilleures récoltes de miel, ni la diminution des taux de mortalité hivernale des abeilles ! Dommage que l’Unaf ne prenne pas le temps de faire part de ce constat très intéressant à la presse.
Ces mortalités sont d’ailleurs suffisamment préoccupantes pour que le syndicat propose qu’un questionnaire soit « adressé à tous les présidents [de région] afin que les pertes soient répertoriées pour mieux en connaître les raisons ». Félicitations ! Il est en effet grand temps que M. Clément s’interroge sur les causes des mortalités. Il est vrai que quand il s’agit des problèmes de maladies des abeilles et de certaines pratiques apicoles (comme l’usage de produits interdits), le syndicat de la rue des Tournelles a jusqu’à présent été assez… clément !
Compte rendu de l’Assemblée Générale de l’UNAF, du 23 février 2008
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Mortalités d’abeilles : mais où est donc le mystère ?
Ecrit le mars 11, 2008
L’exercice a dû être difficile pour Gaëlle Dupont ! Dans un article daté du 18 février 2008, la journaliste du Monde a en effet dû annoncer à ses lecteurs que finalement, ni le Gaucho ni le Régent ne sont responsables des mortalités d’abeilles.
Quatre ans après leur suspension, ces deux insecticides maudits sont donc blanchis par Le Monde. Enfin, presque ! Certes, la journaliste – qui fait référence à l’étude multifactorielle prospective (EMP) de l’Agence française de sécurité des aliments (Afssa) – indique que « plusieurs causes [de mortalités] peuvent être envisagées », dont les maladies, les parasites, les mauvaises pratiques apicoles ou l’exposition aux pesticides. Certes, elle mentionne bien que la présence du coumaphos (un acaricide utilisé par les apiculteurs, et retrouvé dans plus de 8% des échantillons de miel analysés) pourrait être « une explication possible de l’affaiblissement des reines, rapporté par les apiculteurs ». Cependant, elle ne peut s’empêcher de prétendre que « les résultats [de l’enquête] ne peuvent pas être extrapolés » – ce qui permet au Monde de titrer : « Le mystère de la disparition des abeilles reste entier ». Selon l’article de Gaëlle Dupont – et c’est à sa décharge –, c’est en tout cas ce que lui a expliqué le directeur de la santé animale de l’Afssa, Philippe Vannier.
Curieusement, c’est ce dernier qui a été interrogé par la journaliste à la place des auteurs de l’EMP, Michel Aubert et Jean-Paul Faucon ! Pour Philippe Vannier, ces résultats « n’ont de valeur que pour l’échantillon considéré, qui est faible ». Peut-être le directeur de l’agence – qui est plus familier du monde des porcs que de celui des abeilles – n’a-t-il pas réalisé que l’étude de l’équipe de Michel Aubert a suivi pendant trois ans non moins de 24 ruchers (120 colonies d’abeilles) situés dans 5 départements différents, placés dans différents environnements et gérés par différents apiculteurs ? Ces 24 ruchers ne seraient pas comparables aux autres ruchers français des mêmes régions ? C’est absurde ! D’autant plus que jamais auparavant, une telle étude portant sur autant de ruchers et sur une aussi longue période n’avait été effectuée.
Quoi qu’on en dise, l’étude de l’Afssa prouve incontestablement qu’en dépit de la présence d’imidaclopride (la matière active du Gaucho), une apiculture correctement pratiquée – c’est-à-dire avec un suivi attentif de l’état sanitaire des ruchers – permet de maintenir une mortalité inférieure à 10 %. Un taux considéré comme normal bon an mal an en apiculture.
Si toute la lumière n’a pas encore été faite sur l’ensemble des causes des mortalités, il n’y a de mystère que pour ceux qui ne veulent rien voir…
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