Cruiser : Le ministre va-t-il céder aux pressions du lobby anti-pesticides ?
Ecrit le January 13, 2009
Il y a à peine un an, une singulière coalition réunissant l’association Terre d’Abeilles (proche de Philippe de Villiers), l’aile radicale de la Confédération paysanne (proche de José Bové), ainsi que quelques associations écologistes, annonçait la fin des abeilles suite à la décision du ministère de l’Agriculture d’autoriser un nouveau traitement de semences utilisé sur maïs : le Cruiser. « Les abeilles n’y résisteraient pas », avertissaient dans la presse lesdites associations, financées pour l’occasion par le Groupe Léa Nature, de Charles Kloboukoff – qui s’offrait ainsi une belle publicité verte. « Les abeilles et de nombreux autres insectes pollinisateurs en subiront les conséquences sur leur survie, de même que les oiseaux ne sont pas à l’abri d’un risque certain », ajoutaient Greenpeace, la LPO, et France Nature Environnement, dans un pathétique appel contre « le tueur d’abeilles et de biodiversité ». Bref, à en croire les habituels prophètes de l’apocalypse, la fin des abeilles était proche.
Courageusement, Michel Barnier n’a pas cédé, préférant prendre une décision rationnelle basée sur les recommandations scientifiques de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Une attitude d’autant plus raisonnable que les faits lui ont donné raison. En effet, les 154.000 hectares de maïs qui ont été protégés par l’insecticide de Syngenta n’ont provoqué aucune mortalité aiguë – y compris lors des semis –, ni même le moindre affaiblissement des colonies pourtant situées à proximité des champs traités. C’est d’ailleurs ce qu’a pu vérifier l’Afssa, qui note ainsi dans son avis du 23 octobre 2008 que « le suivi des pathologies des ruchers, les observations visuelles de l’état sanitaire des ruches, ne relèvent aucune mortalité suspecte et font état d’un état sanitaire en général satisfaisant des colonies suivies ». On ne peut être plus clair : aucune mortalité n’a été constatée, alors que le collectif anti-Cruiser prédisait une nouvelle hécatombe, digne de celle qui avait faussement été attribuée au Gaucho et au Régent TS, deux insecticides qui « présentent le même niveau de toxicité et les mêmes risques pour les colonies d’abeilles », à en croire les propos des militants écologistes.
Qu’importe ! Lamentablement aveugles face à une réalité qu’elles ne peuvent supporter, ces mêmes associations poursuivent inlassablement leur croisade. Maintenant, c’est le protocole de l’Afssa qui n’aurait pas de « caractère scientifique ». Pire, le lobby vert menace de lancer une campagne nationale sur le thème : « Barnier est à la solde de l’agrochimie ». Ainsi, une cellule de crise a été mise en place par Jean Sabench, l’animateur en charge du dossier pesticides de la Conf’, Sophie Duguet, de l’Unaf, Jean-Marie Barbanson, de la Fnosad et Christian Pacteau, de la LPO, afin d’impliquer « d’autres structures de la société civile », c’est-à-dire battre le rappel de l’ensemble des organisations écologistes. Dans La Nouvelle République du 18 novembre 2008, Sophie Duguet annonce « une action de grande ampleur au niveau européen en 2009 », année des élections européennes, auxquelles Michel Barnier a déclaré participer. Face à de telles pressions – y compris celles venant du ministère de l’Environnement –, Michel Barnier aura-t-il le courage de ne pas jeter l’éponge ?
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Apiculture : le rapport de la dernière chance
Ecrit le October 17, 2008

A en croire Le Point du 25 septembre dernier, Jean-Louis Borloo aurait déclaré au sujet de sa secrétaire d’Etat à l’environnement, Nathalie Kosciusko-Morizet : « On la pense polytechnicienne, techno, elle est timbrée ». Sans cautionner un tel jugement, on peut cependant affirmer que NKM n’est pas vraiment une spécialiste de l’abeille. Ainsi, à l’occasion de la remise du rapport de mission sur les abeilles du député de Haute-Savoie Martial Saddier [1], NKM a demandé si les trois ruches du Rucher pédagogique de Verrières (Essonne) se partageaient la même reine ou bien si elles possédaient chacune leur propre reine ! La secrétaire d’Etat a également expliqué à la presse que le réchauffement climatique pouvait être l’une des causes des mortalités des abeilles. « Surtout à cause des très fortes variations quotidiennes, qui déroutent les abeilles », a-t-elle indiqué !
Plus sérieusement, la secrétaire d’Etat a apporté son entier soutien aux travaux de M. Saddier, dont le rapport préconise non moins d’une vingtaine de mesures-phares pour organiser « une filière apicole durable ». Le premier volet consiste à mettre en place une interprofession apicole dotée d’un Institut technique et scientifique. Le rapporteur propose de définir le statut d’apiculteur et de réintégrer la déclaration annuelle des ruches (supprimée en 2005) dès le 1er janvier 2010. « Il s’agit de pouvoir réaliser un inventaire précis et régulier du cheptel », a-t-il expliqué.
Le deuxième volet concerne les maladies des abeilles. Le rapporteur, qui a auditionné de nombreux acteurs de l’apiculture française depuis plus de six mois, a ainsi souligné que « l’objectivité et la fidélité à la fois des entretiens et des visites sur le terrain poussent la mission à positionner les problèmes de maladies des abeilles comme facteurs prépondérants ». Selon lui, l’ensemble de ses interlocuteurs ont admis que le Varroa représentait « l’ennemi n°1 de l’abeille ».
Enfin, un troisième volet, qui concerne les problèmes phytosanitaires, a été soulevé. « Il est important que dès qu’une intoxication est observée, des analyses rapides et efficaces soient effectuées afin d’identifier les causes. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui », a souligné le député de Haute-Savoie, qui souhaite également que les autorisations de mise sur le marché des produits phytosanitaires évoluent afin de prendre en compte la présence à faible dose de résidus dans le pain de pollen.
D’autres mesures ont également été évoquées, comme l’encouragement des signes de qualité, un étiquetage différencié pour le miel des producteurs et celui des négociants, la mise en place d’une filière de production française de reines et d’essaims ou encore le renforcement de la ressource en fleurs, comme les jachères apicoles.
« Ce rapport apparaît comme celui de la dernière chance pour rassembler tous les acteurs autour d’une même table afin de dialoguer, d’échanger et de faire des propositions sur l’avenir des pollinisateurs », conclut la mission, qui appelle « les professionnels impliqués dans la filière apicole à prendre toute leur responsabilité ». Du côté du syndicat des producteurs de miel de France, le SPMF, la réponse ne s’est pas faite attendre. A peine le rapport rendu à la presse, un communiqué signé de son président, Joël Schiro, déclarait partager « l’axe stratégique proposé par M. Saddier » [2]. Présent lors de la remise du rapport, le représentant du Syndicat national des apiculteurs (SNA) a également souligné la pertinence du travail de la mission. Reste à savoir si les syndicats sauront surmonter leurs incessantes querelles, à l’origine du sabotage de l’interprofession dans les années 1990…
[1] Télécharger le rapport « Pour une filière apicole durable »
[2] Télécharger le communiqué du SPMF
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Le Cruiser, le Poncho et le Gaucho de nouveau autorisés en Allemagne
Ecrit le July 9, 2008
Le 27 juin dernier, le bureau fédéral allemand de la protection des consommateurs et de l’alimentation (BVL) a réautorisé les traitements de semences à base de thiamethoxam, de clothianidine et d’imidaclopride pour les cultures de colza.
L’utilisation de ces matières actives avait été suspendue le 16 mars dernier, suite à des mortalités d’abeilles signalées dans le Baden-Württemberg (Allemagne du Sud). Selon l’avis du BVL, les enquêteurs allemands privilégient aujourd’hui la piste d’un problème de poussières du à la conjonction de plusieurs facteurs tels qu’une mauvaise qualité de l’application, l’utilisation de certains semoirs pneumatiques et des conditions climatiques très particulières (temps très sec et venteux). « Chez le maïs, une abrasion a conduit à ce que des poussières du produit phytosanitaire soient disséminées dans l’environnement et ensuite absorbées par les abeilles », peut-on lire dans l’avis. Dans son autorisation, le BVL préconise donc de renforcer l’adhésion du produit phytosanitaire à la graine et d’utiliser exclusivement des machines qui ne libèrent pas de poussières dans l’air. Par ailleurs, il a demandé au Julius Kühn Institut de vérifier s’il existait ou non un risque que la matière active absorbée par la plante de colza puisse se retrouver au niveau de la fleur, exposant les butineuses à un danger. La réponse de l’institut a été claire : « Un impact sur les abeilles par ce biais est impossible ».
« La décision allemande permet aux semenciers de commencer le traitement des graines à temps pour les semis de colza », explique Claude Grand, directeur général de RAGT Semences. Sur les 1,4 million d’hectares consacrés au colza outre-Rhin, « 99% des surfaces sont en effet semées avec des semences traitées », souligne M. Grand.
Selon le ministre de l’Agriculture du Baden-Württemberg, Peter Hauck, la société Bayer CropScience, propriétaire de la clothianidine, a mis à la disposition de la région une somme de 2 millions d’euros, qui devrait être attribuée aux apiculteurs touchés par l’intoxication, en fonction des preuves apportées et sous réserve que la molécule soit bien à l’origine de cet incident particulier. Ce geste de bonne volonté s’inscrit dans le cadre d’une longue collaboration entre les principaux syndicats apicoles allemands et Bayer CropScience. Evitant toute polémique et cherchant surtout à trouver les causes de leurs problèmes, les apiculteurs d’outre-Rhin ont participé depuis plusieurs années avec leurs instituts techniques apicoles, les pouvoirs publics et les entreprises agrochimiques, à la réalisation d’un monitoring permettant d’évaluer l’ampleur et les causes réelles des mortalités des abeilles. Ce monitoring a d’ailleurs clairement mis en évidence le rôle majeur des maladies, en particulier de la varroase, dans les mortalités.
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Quand un contrôleur sanitaire de la DDSV confond Nosema apis et Nosema ceranae
Ecrit le July 9, 2008
Face aux dépopulations importantes d’abeilles subies par les apiculteurs du Haut-Rhin, provoquées par le redoutable protozoaire Nosema ceranae, Sébastien Mutel, contrôleur sanitaire de la Direction départementale des services vétérinaires (DDSV), a indiqué qu’ « il n’existe aucun traitement, le retour d’un temps chaud et ensoleillé étant le principal remède. » Cette déclaration est doublement erronée. D’une part, un traitement existe : le Fumidil B, un antibiotique déjà utilisé par les apiculteurs espagnols, mais non autorisé en France. « Aux Etats-Unis et au Canada, ce médicament est même fortement recommandé par les autorités sanitaires, y compris par l’équipe en charge du syndrome d’effondrement des ruches, le CCD », souligne Daniel Limon, président du Syndicat des apiculteurs professionnels Alsace-Lorraine-Champagne. Avec son équipe du laboratoire du Centre apicole régional de Castille-La Manche (Espagne), Mariano Higes, l’expert espagnol qui a mis en évidence dès 2005 la présence de ce protozoaire sur l’abeille européenne (Apis Mellifera), a démontré de façon expérimentale comment éradiquer Nosema ceranae des colonies infestées. « En administrant des traitements de 120 mg de fumagillin, il est possible d’éliminer l’infection », affirme Mariano Higes, qui note toutefois qu’une réinfection est possible après six mois.
D’autre part, affirmer que le retour d’un temps chaud est le principal remède est inexact. En effet, ce redoutable protozoaire provoque des dépopulations chroniques tout au long de l’année, et pas seulement durant le printemps. « Une étude publiée en 2006 dans la revue scientifique Invertebral Pathology établit un lien direct entre l’augmentation de la température et la germination des spores de ce protozoaire, c’est-à-dire que la chaleur augmente sa pathogénicité », poursuit Mariano Higes. « Visiblement, le contrôleur sanitaire de la DDSV confond Nosema ceranae avec son “cousin” Nosema apis, dont l’infestation s’arrête en effet dès les premières chaleurs de l’été », note le chercheur espagnol.
Philippe Lecompte, apiculteur bio et président de l’Adaest, se félicite pour sa part qu’un arrêté préfectoral déclarant l’ensemble du Haut-Rhin touché par la maladie ait été pris. Cet arrêté devrait permettre d’organiser des opérations de lutte et de suivi d’épidémie. « C’est une très bonne chose, car cela témoigne que l’Etat prend enfin conscience de la gravité de cette maladie », note-t-il.
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Nosema Ceranae enfin évoqué dans le journal de France 2 comme une des causes de la mortalité des abeilles
Ecrit le July 4, 2008
Ce reportage a été diffusé mercredi 2 juillet ? 13H .
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