Coexistence possible entre le Gaucho et les abeilles, selon une enquête confidentielle de l’Afssa !
Ecrit le mars 11, 2008
Les résultats tant attendus de l’Enquête prospective multifactorielle (EPM) sur les abeilles, réalisée par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), ont été présentés en comité restreint le mercredi 6 février 2008, en présence de représentants de l’ensemble des syndicats apicoles. Depuis, c’est le silence radio ! Est-ce parce que les conclusions du rapport confidentiel (dont A&E a obtenu une copie) confirment ce que les syndicats apicoles nient depuis 10 ans, c’est-à-dire que des cultures de maïs traitées au Gaucho ou au Régent TS peuvent parfaitement coexister avec une apiculture correctement pratiquée ?
En tout cas, alors que cette étude a débuté en septembre 2002 (soit un an et demi avant l’interdiction d’usage du Gaucho sur maïs et du Régent), les auteurs constatent « l’absence d’effondrements de la population des colonies, tels que décrits par des apiculteurs lors de l’exploitation de certaines miellées (pas de disparition soudaine et importante des abeilles) ». Or, les 120 ruchers suivis par l’équipe de Michel Aubert ont clairement été en contact avec l’imidaclopride (matière active du Gaucho), puisqu’on retrouve de très faibles traces résiduelles de cette molécule ou de ses métabolites dans 40% des pelotes de pollen et dans 29% des échantillons de miel. Pourtant, « la présence des résidus d’imidaclopride dans les matrices apicoles n’a pas entraîné de mortalité aiguë de colonies ou d’abeilles », soulignent les auteurs. Ce qui ne fait que confirmer les résultats de l’expérimentation réalisée en 2005, consistant à nourrir des colonies d’abeilles avec du sirop contenant de l’imidaclopride (Faucon et al.). Celle-ci avait montré que soumises aux doses les plus extrêmes suceptibles d’être rencontrés dans les grandes cultures de tournesol, les colonies ne subissaient aucun problème : ni mortalité immédiate ni mortalité différée, les colonies ayant été observées jusqu’au printemps suivant.
En outre, l’EPM ne note pas de différence significative de mortalités entre les années 2002, 2003, 2004 et 2005, c’est-à-dire entre des périodes avec ou sans Gaucho.
Pour les quelques cas de mortalités observés, les auteurs évoquent d’une part « la présence de maladies ou d’agents pathogènes » (dont 6 ont été communément retrouvés dans les ruchers), et d’autre part des problèmes de reines, en partie en raison de la présence d’un acaricide utilisé contre la varroase : le coumaphos. Bien que ce médicament vétérinaire utilisé pour traiter les chiens soit interdit en apiculture, il a été fréquemment détecté dans les matrices apicoles. « Des préparations “maison” ont été réalisées à partir de l’Asuntol et appliquées dans les ruches, souvent à des doses plus élevées que les doses recommandées », indique l’étude de l’Afssa, qui estime que « cette pratique d’automédication doit être mise en parallèle avec les résidus de coumaphos souvent détectés dans des échantillons de cire. […] Une partie des mortalités de colonies non expliquées peut trouver là une explication ».
Enfin, l’étude note que sur les ruchers suivis, le taux de mortalité reste globalement bien inférieur à 10% ; un taux estimé « normal » par les apiculteurs eux-mêmes. « D’une manière générale, l’attention consacrée par l’apiculteur aux mesures préventives, la détection précoce et l’identification de la varroase, ont été des points critiques en relation statistiquement significative avec la mortalité des colonies », concluent les auteurs de l’étude.
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Selon l’Afssa, les travaux de Luc Belzunces n’apportent rien de nouveau au dossier du Cruiser
Ecrit le mars 11, 2008
« Les auditions de MM. Belzunces et Aletru par le Comité d’experts spécialisé “Produits phytosanitaires : substances et préparations chimiques” (CES), le 16 janvier 2008, n’ont pas apporté d’éléments nouveaux susceptibles de modifier les conclusions de l’évaluation sur le risque à long terme pour les abeilles au regard de l’utilisation de la préparation Cruiser en traitement de semences », indique un communiqué de presse de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), disponible sur Internet depuis le 29 janvier 2008.
Ce communiqué fait suite à la demande formulée par l’association écologiste Terre d’Abeilles d’auditionner « ses experts », en l’occurrence Luc Belzunces, chercheur à l’Inra-Avignon, et Frank Aletru, gérant de la société de vente de miel Melli Ouest International.
Lors de l’audition, Luc Belzunces, qui a présenté les résultats de ses travaux relatifs au Cruiser, « a convenu que [ceux-ci] sont très difficilement extrapolables à des résultats que l’on pourrait attendre après une exposition au travers du pollen », comme l’explique le communiqué de presse.
Quant à Frank Aletru, il n’a pas davantage « présenté d’élément expérimental nouveau », remarque l’Afssa. Selon l’agence française, l’apiculteur vendéen, qui « n’a pas souhaité développer le sujet initialement prévu sur “l’impact des résidus neurotoxiques présents dans les pollens sur la santé de l’abeille et sur l’activité de la colonie” », aurait simplement exposé ses critiques sur l’avis de l’Afssa.
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Selon les syndicats apicoles français, le protozoaire Nosema ceranae n’est pas dangereux !
Ecrit le mars 11, 2008
Au cours d’un colloque organisé par l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) à Castres, durant l’automne 2007, le vétérinaire Marc-Edouard Colin a développé une thèse plutôt suprenante : il a affirmé que la présence de Nosema ceranae était généralisée en France (89 % des colonies suivies) – et ce depuis très longtemps –, et que les ruches atteintes par ce protozoaire étaient cependant parfaitement saines !
Nosema ceranae n’est donc pas dangereux pour les abeilles, et les apiculteurs ne devraient « surtout pas paniquer », a conclu le vétérinaire, conseiller de l’association militante Terre d’Abeilles. Ces propos ont été repris par un autre vétérinaire, Jean-Marie Barbançon, co-président de la Fédération nationale des organisations sanitaires apicoles départementales (Fnosad). Ce dernier a fait le point sur l’état de ses connaissances dans un article intitulé « Nosemas, Nosémoses ? Quelques informations glanées pour vous », qui a été publié dans la revue La Santé de l’Abeille.
Voilà donc qu’après avoir nié l’existence de Nosema ceranae, ces deux syndicats apicoles français admettent enfin que ce protozoaire est présent dans une très grande partie des ruchers français. Bravo ! Félicitations ! Malheureusement, l’honnêteté de M. Barbançon ne va pas jusqu’à citer les excellents travaux réalisés par Higes et al. en 2006, par Robert J. Paxton et Ingemar Fries en 2007, et par Marie-Pierre Chauzat et Jean-Paul Faucon, également en 2007. Tous ces travaux, qui mettent en évidence la présence de Nosema ceranae sur le territoire national, sont bien antérieurs à ceux réalisés par M. Colin.
En revanche, prétendre, comme le font MM. Colin et Barbançon, qu’« à ce jour aucun symptôme n’a été décrit suite à l’infection par Nosema ceranae, que ce soit chez Apis cerana ou chez Apis mellifera », ne peut que tromper les quelques apiculteurs qui ne sont pas encore familiers du dossier. Contrairement à cette affirmation, le principal symptôme est précisément la dépopulation des ruches ! Un examen clinique des intestins (blancs et laiteux) des abeilles restantes permet alors d’établir que la ruche est bien atteinte de Nosema ceranae. M. Barbançon, qui cite M. Colin, poursuit : « Le nombre de spores nécessaires pour infecter expérimentalement des abeilles Apis mellifera est de 10.000 spores de N. apis, contre 125.000 pour N. ceranae ». Encore une fois, c’est faux ! Il suffit de lire attentivement l’étude de Higes et al., Detection of infective Nosema ceranae (Microsporidia) spores in corbicular pollen of forager honeybees, publiée le 20 juin 2007 dans le Journal of Invertebrate Pathology. Ses auteurs y indiquent avoir provoqué la maladie avec seulement 5.000 spores par abeille, et non 125.000 ! Ce chiffre de 125.000 spores provient en fait d’une autre étude de Mariano Higes, qui a effectivement utilisé une telle concentration pour un essai très particulier, effectué en laboratoire. Il est d’ailleurs assez significatif que le nom de Mariano Higes ne soit jamais mentionné dans l’article de M. Barbançon… Serait-ce pour mieux dissimuler aux lecteurs de La Santé de l’Abeille l’ensemble des travaux du chercheur espagnol, qui invalident les conclusions de M. Colin ?
Le vétérinaire de Montpellier affirme en effet que « toutes ces colonies infectées [par Nosema ceranae] sont saines et ne présentent aucun symptôme. Comme dans le cas espagnol, il ressort que l’infection par Nosema ceranae est beaucoup plus répandue que celle occasionnée par N. apis. Et cela sans que des catastrophes soient signalées dans les ruchers. Au point qu’il est loisible de se demander si N. ceranae est réellement pathogène dans les conditions de terrain. » Selon le vétérinaire, Nosema ceranae serait donc inoffensif pour les abeilles ! Pourtant, ce n’est pas ce qu’affirment les plus grands spécialistes de la nosémose, qu’ils soient d’outre-Pyrénées ou non. Si M. Barbançon avait pris le temps de « glaner » un peu plus, il aurait aisément trouvé l’étude du Pr Robert J. Paxton et du Pr Ingemar Fries, intitulée Nosema ceranae has infected Apis mellifera in Europe since at least 1998 and may be more virulent than Nosema apis, (Apidology). Elle conclut : « Nos résultats suggèrent que N. ceranae induit un taux de mortalité significativement plus élevé que celui relatif à N. apis ». M. Barbançon aurait également pu consulter les actes du Congrès de l’International Bee Research Association (IBRA), qui a eu lieu à Helsinski en mai 2007. Ceux-ci traitent largement de ce sujet.
Enfin, des résultats complémentaires concernant les effets de Nosema ceranae en conditions de terrain vont bientôt être publiés.
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Mortalités d’abeilles en Ontario : une forme plus virulente de nosémose identifiée.
Ecrit le mars 11, 2008
Au cours de l’hiver 2006, les apiculteurs de l’Ontario ont subi en moyenne 35 % de pertes de leurs colonies d’abeilles (soit près de 27.000 ruches). Selon une étude de l’Ontario Beekeepers Association, ces pertes auraient été causées « par une combinaison fortuite de maladies et de facteurs environnementaux ». Pour comprendre ce qui avait affecté les colonies d’abeilles, l’équipe de transfert technique apicole de l’association des apiculteurs de l’Ontario a recueilli 446 échantillons d’abeilles au cours du printemps et de l’été 2007. Ces échantillons provenaient de 25 apiculteurs, établis dans toute la province.
Pour comprendre ce qui avait affecté les colonies d’abeilles, l’équipe de transfert technique apicole de l’association des apiculteurs de l’Ontario a recueilli 446 échantillons d’abeilles au cours du printemps et de l’été 2007. Ces échantillons provenaient de 25 apiculteurs, établis dans toute la province.
Les auteurs de ce projet de recherche viennent de remettre leurs premiers résultats. Ils confirment ce que l’on observe un peu partout dans le monde : une très forte présence de maladies, en particulier de nosémose. Leur étude a mis en évidence la présence de nosémose dans chacun des échantillons, « avec plusieurs comptes de spores dépassant le million ». Elle a également montré que « dans plus de la moitié des échantillons, il s’agit d’une souche dominante et plus virulente de nosémose ».
Ce diagnostic rend optimiste l’équipe de transfert technique apicole, qui est désormais en mesure de proposer aux apiculteurs un traitement efficace : l’ajout de Fumagiline B dans le sirop de sucre (qui sert à nourrir les abeilles) afin de détruire les spores de nosémose.
« Le pronostic s’annonce donc bien pour les abeilles. Nombreux sont les apiculteurs de la province qui ont divisé les colonies restantes ou qui en ont acheté de nouvelles durant l’été, si bien que les populations ont récupéré et seront, on l’espère, en bonne santé, pour l’hiver qui vient. Ce qui reste d’abeilles infectées sont soignées, l’objet d’un suivi et elles devraient s’en sortir », conclut l’équipe de transfert technique apicole.
Source : www.lavoieagricole.ca/content/fullnews.cfm ?newsid=5797
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L’Afssa salie par une militante de Philippe de Villiers
Ecrit le mars 11, 2008
Aidée par quelques associations écologistes et par l’argent du Groupe Léa Nature, l’association Terre d’Abeilles, qui est présidée par Béatrice Robrolle-Mary, s’est offert une page de publicité dans Le Monde. Simultanément, elle a entrepris une grande campagne de presse, essentiellement régionale, demandant le retrait de l’autorisation du Cruiser, le nouvel insecticide de Syngenta. Fidèle à une certaine tradition poujadiste, l’ex-candidate du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers en a profité pour salir la réputation d’une institution de la République, en l’occurrence l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa).
Cette grossière campagne se résume à :
1) Donner un bilan très partiel de la santé des abeilles
Le premier message de la campagne de Terre d’Abeilles consiste à affirmer que les abeilles ne se sont jamais aussi bien portées que depuis le retrait du Gaucho et du Régent. « Depuis quelques années, les apiculteurs ont constaté un léger mieux. Premier signe de bonne santé, la mortalité des abeilles qui baisse, en Vendée, “mais aussi un peu partout en France” », comme le constate l’apiculteur et militant anti-pesticides Frank Aletru dans Ouest France du 15 janvier 2007. Il y a moins de trois mois, le même Frank Aletru affirmait, toujours dans Ouest France, que « les abeilles mouraient par milliers », et que plus de 7.000 des 12.000 ruches de Vendée (soit 60 %) avaient été « flinguées ».
Plus raisonnable, le Réseau Biodiversité pour les abeilles, initié par l’apiculteur bio Philippe Lecompte, estime que « les premières observations hivernales de terrain sur l’état sanitaire des ruches sont mauvaises. Actuellement, les mortalités vont de 5 à 90 % des ruches ». Pour le réseau, « les causes des surmortalités sont disparates. Elles sont liées à la non maîtrise du Varroa, ce parasite qui affecte le couvain de l’abeille », et à « l’arrivée de Nosema ceranae », actuellement en voie d’extension en France et qui affecte les défenses immunitaires des ruches ».
Ce bilan, plus contrasté que celui dressé par Terre d’Abeilles, explique partiellement l’hétérogénéité des récoltes de miel 2007. Celles-ci ont été désastreuses sur la lavande et le tournesol ; un élément que Terre d’Abeilles se garde bien de commenter. Et pour cause ! Dès le début de l’affaire Gaucho, les pertes de rendement de miellées de tournesol ont été exclusivement attribuées à la présence de cet insecticide. En octobre 1997, l’apiculteur vendéen Philippe Vermandere s’inquiétait ainsi de la chute de sa récolte, estimée « de 90 à 105 kg de miel à la ruche jusqu’à 13 kg ». Or, aujourd’hui, après le retrait du Gaucho et du Régent, les rendements des miellées sur tournesol sont inférieurs à 10 kg par ruche, comme en témoigne l’estimation en provenance de la maison Bernard Michaud, propriétaire de la marque Lune de Miel. En privé, le premier conditionneur de miel de France s’inquiète de « la lente dégringolade de la production de miel en France, [qui] semble ne pas devoir s’arrêter ». Il constate que « la miellée de tournesol, qui donnait entre 8.000 et 10.000 tonnes ces deux dernières années, pourrait avoisiner les 4.000 tonnes cette année ».
2) Assimiler le Cruiser au Gaucho et au Régent TS afin de prouver sa toxicité
En s’appuyant sur la théorie de la responsabilité du Gaucho et le Régent dans les mortalités d’abeilles, Terre d’Abeilles communique un message simple : le Cruiser fait partie de la même famille que les deux insecticides maudits ; il est donc « ultra-toxique pour les abeilles ». Ces propos seraient confirmés par le Pr Luc Belzunces, un chercheur qui avait déjà été actif lors de la campagne contre le Gaucho, et qui révèle aujourd’hui devant les caméras le résultat de ses travaux sur les potentiels effets « sublétaux » du Cruiser, avant même que ceux-ci aient fait l’objet d’une publication dans un journal à comité de lecture. Or, M. Belzunces n’en est pas à son premier coup médiatique. Au début de l’affaire du Gaucho, il avait réalisé une étude très controversée sur l’imidaclopride censée montrer des effets sur les abeilles à partir de 0,1 ppb. Quatre laboratoires internationaux indépendants avaient tenté de confirmer ces résultats, sans succès. Or, Luc Belzunces a toujours refusé de réitérer son expérience.
3) Discréditer l’Afssa
Ce point est d’autant plus important que le directeur de l’Unité de pathologie de l’abeille de l’Afssa, Michel Aubert, vient de déclarer à La France Agricole : « Aujourd’hui, tout un faisceau de preuves conduit à dire que l’imidaclopride a été une fausse piste ». Or, la thèse de la responsabilité du Gaucho constitue la pierre angulaire de l’argumentation des apiculteurs-militants. Si celle-ci s’effondre, c’est tout le dossier qui s’écroule !
En outre, c’est suite à un avis favorable de l’Afssa que le ministre de l’Agriculture a autorisé l’utilisation du Cruiser. La réponse de la présidente de Terre d’Abeilles a été violente et sans retenue : « Les protocoles d’expérimentation [de l’Afssa] sont médiocres et insuffisants et attestent d’une profonde méconnaissance de la biologie de l’abeille et de l’organisation d’une colonie d’abeilles » ! Mme Robrolle-Mary s’est d’ailleurs rendue le 30 janvier dernier au siège de l’Afssa, où « deux experts de son association ont été reçus séparément » !
Cette mise en cause est d’autant plus intolérable qu’elle s’inscrit dans un contexte où les autorités scientifiques de la France sont régulièrement critiquées. Le lourd silence de Mme Pascale Briand, directrice de l’Afssa, sur le dénigrement de son agence est à cet égard consternant.
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