Aprés une trés longue instruction, le procureur de Saint Gaudens a demandé un non lieu dans l’affaire du fipronil
Ecrit le July 4, 2008
La partie n’est pas terminée, mais elle est bien mal engagée pour les 532 apiculteurs qui se sont portés partie civile dans l’affaire du fipronil à St Gaudens, en 2004. Dans son réquisitoire, le magistrat Claude Dérens a estimé qu’« à l’issue des très nombreuses expertises acquises au dossier, il n’était pas envisageable d’affirmer un lien incontestable entre l’utilisation du fipronil dans l’enrobage des semences et les surmortalités des abeilles constatées en 2002 et 2003 », comme le révèle Geoffroy Tamasovitch dans Le Parisien du 30 juin 2008.
A l’origine de la plainte, deux apiculteurs seulement – M. Brossier, président du syndicat apicole professionnel des pays de Loire-Poitou-Charentes, et M. Mary, résidant à Longeville-sur-Mer – avaient apporté des éléments concrets de nature à entraîner une suspicion à l’égard de l’insecticide incriminé. Tous les autres plaignants s’étaient contentés d’utiliser un formulaire-type, avec la simple mention de leur nom, de leur adresse et de l’objet de la plainte. Comme si le nombre suffisait à servir de preuve ! A l’époque, la cause des apiculteurs avait fait l’objet d’une remarquable campagne de presse, qui ne laissait aucun doute sur les causes des mortalités d’abeilles. Un « cancérologue » avait même été sollicité, note Geoffroy Tamasovitch, l’un des très rares journalistes à avoir eu accès au réquisitoire du magistrat. Il est vrai que dès 2003, la stratégie de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) avait consisté à élargir ce cas de mortalités d’abeilles géographiquement localisé dans le sud de la France à un procès politique du fipronil. Comme l’avait alors déclaré Philippe de Villiers, « voilà qu’un deuxième front s’est ouvert, là où on l’attendait le moins. Dans un tribunal bien tranquille, au pied des Pyrénées ».
Le juge Jean Guary, en charge de l’instruction, avait en effet mis en examen en février 2004 Emmanuel Butstraen et Frank Garnier, respectivement PDG de Basf Agro et de Bayer Cropscience, pour « mise en vente de produits phytosanitaires agricoles toxiques nuisibles pour la santé de l’homme ou de l’animal ». Le cadre d’un problème de mortalités d’abeilles du à un éventuel enrobage défectueux de semences avait dont été largement dépassé. Or, le juge Guary n’a pas été en mesure de clore cette instruction, réalisée sous les feux des médias et dans un contexte très politisé. En septembre 2005, il a quitté St Gaudens pour Mayotte, laissant le dossier à Mme Isabelle Combettes de Caumon, qui a tout repris à zéro. Pour pouvoir travailler en toute sérénité, la juge a décidé de ne rien laisser filtrer dans la presse. Fin décembre 2007, après plus de deux années d’instruction complémentaire, une ordonnance de clôture du dossier d’instruction a finalement été rendue. Et c’est sur la base de cette ordonnance particulièrement fournie, et réalisé en tout quiétude, que le procureur Claude Dérens a rédigé son réquisitoire, le 15 juin 2008.
Gil Rivière-Wekstein
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Nosema ceranae envahit l’est de la France
Ecrit le June 12, 2008
Dans un communiqué paru le 11 juin 2008, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles a rendu compte des derniers résultats du Laboratoire départemental d’analyses du Jura, situé à Poligny. « 50 % des échantillons provenant de quatre régions de l’est de la France (Champagne, Lorraine, Alsace et Franche Comté) ont plus de 4 millions de spores de Nosema ceranae par abeille », explique l’apiculteur Philippe Lecomte, président du réseau. Pour ce dernier, le lien entre « cette véritable invasion de Nosema ceranae et la mort des abeilles et de ruchers entiers dans l’est de la France ne fait aucun doute. D’autant plus que le redoutable protozoaire est présent dans presque tous les échantillons analysés ». Selon le communiqué du réseau, les apiculteurs qui ont constaté des problèmes de mortalités d’abeilles sont invités à faire réaliser des analyses auprès du Laboratoire de Poligny, le seul en France, avec l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) de Biot, à utiliser la méthode dite PCR. « La multiplication de ces analyses permettra de dresser un premier bilan d’extension de ces pathologies », indique Philippe Lecompte, qui s’en remet aux autorités sanitaires françaises pour intervenir rapidement contre cette nouvelle épidémie.
Aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique latine, les apiculteurs professionnels disposent déjà de moyens de lutte efficace contre cette nosémose, comme le fumidil-B (un antibiotique). Les apiculteurs français n’ont pas droit d’utiliser ce produit car il ne dispose pas d’une autorisation de mise sur le marché. « Au regard de la situation catastrophique de nos ruches, le ministère de l’Agriculture ne pourrait-il pas au moins donner une dérogation, comme c’est le cas en Espagne ? », s’interroge Daniel Limon, président du Syndicat des apiculteurs professionnels Alsace-Lorraine-Champagne. (voir : La résurrection des abeilles espagnoles !)
Faute de mesure d’urgence, la récolte de miel 2008 risque d’être encore plus catastrophique que celle de l’année dernière.
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Mortalités d’abeilles : l’Allemagne suspend provisoirement des produits à base de clothianidine et de thiaméthoxam
Ecrit le May 19, 2008
Suite à des mortalités d’abeilles signalées par l’apiculteur Fritz Hug dans le Baden-Württemberg, en Allemagne du Sud, les autorités allemandes ont ordonné la suspension provisoire de huit produits à base de clothianidine et de thiaméthoxam. L’enquête, diligentée par le bureau fédéral allemand de la protection des consommateurs et de l’alimentation (BVL), a en effet confirmé un problème d’intoxication aigu des ruches de l’apiculteur. Cette suspension qui prend effet alors que tous les semis de maïs et de colza ont été réalisés, a été prise « afin de clarifier les liens de causalité », explique un communiqué du BVL. Le bureau fédéral veut également prendre le temps d’évaluer « la garantie de la protection de l’utilisateur ayant procédé au semis ». Bien que cette décision soit valable pour l’ensemble du territoire allemand, « il n’existe à l’heure actuelle aucune indication de tels incidents dans d’autres régions d’Allemagne », indique pour sa part l’Institut Julius Kühl, en charge de la partie toxicologique du dossier.
Selon un communiqué émanant de cet institut, « les premiers onze examens et analyses chimiques confirment la présence certaine d’une relation entre les mortalités d’abeilles et l’utilisation de la clothianidine ». Certaines analyses indiqueraient en effet des quantités de clothianidine à hauteur 20 ppb pour certains lots, a-t-on indiqué à A&E. En revanche, aucune trace de clothianidine n’a été détectée dans le pollen ni dans le miel. Toujours selon les autorités allemandes, les mortalités résulteraient du fait que « des semences traitées avec un insecticide, semées avec une machine pneumatique spécifique, ont entraîné une exposition à un niveau non évalué jusqu’ici dans le processus d’homologation », explique le BVL dans un communiqué de presse en date du 16 mai 2008. Reste à définir ce qui est à l’origine de ce niveau d’exposition « non évalué ».
« A priori, il pourrait s’agir d’une affaire comparable à l’affaire « des sept ruchers » qui a eu lieu dans le Midi-Pyrénées, en mars 2003 », commente le Dr Albert Becker, vice-président de l’association professionnelle des apiculteurs européens (EPBA). A l’époque, la qualité défectueuse d’un pelliculage au fipronil de semences de la variété Mélody avait provoqué la libération de poussières toxiques pour les abeilles. Ce qu’avait confirmé l’analyse d’échantillons d’abeilles mortes, sur lesquels avait été mise en évidence la présence de fipronil, là aussi à des teneurs largement supérieures à la dose létale. Depuis cet incident, le semencier à modifié le procédé industriel de pelliculage et la France a mis en place une série de mesures préventives qui ont fait l’objet d’un décret en date du 11 février 2004. Ainsi, une norme imposant un taux maximal admissible de poussière a été instaurée, ainsi qu’un « contrôle qualité poussière ». La question de l’exposition aux poussières par l’utilisateur et par les abeilles fait d’ailleurs partie des demandes complémentaires exigées par l’Afssa lors de l’homologation de tout nouveau traitement de semences. L’ensemble de ces mesures a permis aux maïsiculteurs français d’utiliser, pour la première fois, des semences de maïs traitées Cruiser, et cela sans qu’aucun problème n’ait été signalé. « Le suivi effectué, dans le cadre d’un protocole scientifique élaboré en liaison avec les associations d’apiculteurs, n’a révélé aucune évolution préoccupante de la mortalité des abeilles [en France], ni de défauts d’application des règles techniques sur la qualité de l’enrobage des semences », a en effet confirmé à la presse le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier.
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Importations d’abeilles : la France choisit la voie de la déraison�
Ecrit le May 16, 2008
Décidément, le ministère de l’Agriculture prend des décisions surprenantes ! En pleine crise apicole mondiale, Jean-Marc Bournigal, directeur de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), vient de signer un arrêté qui abroge celui du 14 avril 2003. Ce dernier suspendait « l’introduction en France d’abeilles, de ruches, de lots de reines avec ou sans accompagnatrices, et de matériel apicole, originaires de pays tiers ».
Au moment même où les chercheurs du monde entier mettent en évidence la circulation intercontinentale de plusieurs pathogènes de l’abeille, cause importante des mortalités, voilà que la France décide d’ouvrir grand ses frontières !
Certes, jusqu’à présent, le transfert des maladies des abeilles via le commerce des reines n’était qu’hypothétique, sauf pour le varroa, dont la provenance asiatique ne fait aucun doute. Mais les méthodes d’analyse génomique moderne ont permis aux scientifiques de mieux appréhender le problème. Ainsi, depuis 2006, la propagation du protozoaire Nosema ceranae a fait l’objet de plusieurs études, dont deux réalisées par Robert J. Paxton, Julia Klee et Ingemar Fries. La première [1] relève la présence de Nosema ceranae entre autres au Brésil, au Vietnam, au Danemark, en Allemagne, en Grèce, en Italie, en Espagne, aux Etats-Unis et en Serbie, tandis que la seconde [2] suggère que ce redoutable ennemi des abeilles aurait été « introduit en Finlande à travers le transport de reines d’abeilles en provenance des pays du sud de l’Europe ».
Depuis la découverte de la variante israélienne du virus de la paralysie aiguë (IAPV) aux Etats-Unis, où le syndrome de dépopulation (CCD) mobilise des équipes entières de chercheurs, la diffusion de ce virus, dont la présence est corrélée avec le CDD, a également fait l’objet de plusieurs études. Ainsi, l’équipe du Pr Gustavo Palacios va prochainement publier ses résultats [3] dans le Journal of Virology. Elle a procédé à une analyse génétique de l’IAPV démontrant « la présence sur trois continents d’au moins trois groupes distincts du virus IAPV, dont deux actuellement en circulation aux Etats-Unis ». S’appuyant sur des données génétiques, les auteurs mettent en évidence la présence possible de l’IAPV en France et en Russie ! L’analyse phylogénétique des séquences de RNA polymérase suggère en effet que « des virus isolés en Australie, en France et en Russie, et antérieurement signalés comme virus du Kashmir (KBV), seraient en réalité des virus de l’IAPV », expliquent les auteurs, qui notent que ceux actuellement trouvés en Israël, au Canada, en Australie et aux Etats-Unis, ont cependant une origine distincte des virus plus anciens découverts en Australie, en Russie et en France. Une hypothèse que confirme l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), qui vient de découvrir l’IAPV en Lozère… « Au début de l’année, trois apiculteurs nous ont fait part de la mort de plus de 250 colonies », explique Jean-Paul Faucon, spécialiste des pathologies de l’abeille à l’Afssa, pour A&E. Son équipe a analysé des échantillons d’abeilles et trouvé le fameux virus. Ironie du sort, le président du Groupement de défense sanitaire des abeilles (GDSA) de la Lozère n’est autre qu’Henri Clément, un des chefs de file de la lutte anti-Gaucho. Ce dernier ne semble pas très préoccupé de savoir comment l’IAPV a pu atterrir au fin fond de son département… Il est vrai que pour le savoir, il faudrait que la France dispose des mêmes moyens techniques que ceux disponibles aux Etats-Unis. Là-bas, les chercheurs ont déjà conclu que l’introduction de l’IAPV provenait de sources multiples. En effet, une seule des deux souches d’IAPV présentes sur le sol américain correspond à celle mise en évidence dans des échantillons d’abeilles importées d’Australie et dans de la gelée royale de Chine. La piste pour connaître l’origine de la seconde souche reste à découvrir.
1:Widespread dispersal of the microsporidian Nosema ceranae, an emergent pathogen of the westeern honey bee, Apis mellifera, Robert J. Paxton, Julia Klee, Seppo Korpela and Ingemar Fries, Journal of Inverftebrate Pathology, décembre 2006
2:Nosema ceranae has infected Apis mellifera in Europe since at least 1998 and may be more virulent than Nosema apis, Robert J. Paxton, Julia Klee, Seppo Korpela and Ingemar Fries, Apidologie, décembre 2007
3:Genetic analysis of Israeli Acute paralysis Virus : distinct clusters are circulating in the United States, Palacios G., van Engelsdorp D., Cox-Foster D et al. ; JVI, 23 April 2008
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Quelques précisions de Claude Poirot sur l’opération de l’Unaf, baptisée Abeilles, sentinelles de l’environnement
Ecrit le May 16, 2008
Dans un long courrier adressé « à tous », Claude Poirot, président de L’Abeille vendéenne, s’inquiète au sujet du projet « Abeilles sentinelles de l’environnement » mis en place par le syndicat d’Henri Clément, l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf).
Cette opération, dirigée par l’ancienne réalisatrice du film Témoins Gênants, Renée Garaud, aujourd’hui attachée de communication à l’Unaf, a pour objectif officiel « d’alerter le grand public de la situation inquiétante [de l’apiculture] et de tenter de protéger aussi bien l’abeille, que l’apiculture qui en dépend ». Sur le terrain, elle consiste à placer quelques ruchers dans des lieux à forte densité de population. Ainsi la région Ile-de-France s’est engagée au travers d’un partenariat signé avec l’Unaf à installer un total de 44 ruches dans des lieux publics afin de sensibiliser la population. Une opération qui « comprend la réalisation des peintures du logo de la région sur les ruches et des animations organisées par l’Unaf », précise Catherine Ribe, en charge du projet pour la région. Bref, une belle opération de communication. Reste à savoir si cela aidera la profession à mieux s’en sortir.
Quoi qu’il en soit, Claude Poirot n’apprécie pas qu’en ce qui concerne sa région, les Pays de la Loire, « les fonds régionaux alloués pour l’abeille sentinelle soient prélevés sur les fonds initialement prévus pour les différentes actions relatives à la relance de la filière apicole dans les Pays de la Loire ». Car, note-t-il, c’est d’autant moins d’argent pour « le soutien des projets économiques et techniques qui contribuent à maintenir les apiculteurs sur le terrain ». Ne souhaitant pas « spolier les apiculteurs ligériens de financements dont ils ont impérativement besoin pour garantir leur avenir », M. Poirot estime que l’argent que le conseil régional doit consacrer à l’opération de l’Unaf devrait être pris en charge par son budget communication, et non sur l’enveloppe « aide à l’apiculture ». Ce qui semble raisonnable… sauf qu’on comprend difficilement pourquoi le contribuable devrait payer pour une banale opération de communication qui concerne de surcroît une association réunissant principalement des apiculteurs amateurs.
Par ailleurs, que si de nombreuses villes n’ont pas attendu l’Unaf pour accueillir quelques ruches (cela fait plus de vingt-cinq ans qu’une trentaine de ruches sont installées sur Reims et que l’Opéra de Paris a son apiculteur attitré), d’autres préfèrent ne pas se lancer dans une opération à caractère purement symbolique alors que celle-ci pourrait rapidement tourner au drame. En effet, 3 % de la population sont allergiques aux piqûres d’hyménoptères. Pour les cas extrêmes, une piqûre peut même entraîner un choc anaphylactique, avec chute de tension et perte de connaissance, voire conduire à la mort. On peut donc se demander s’il est vraiment raisonnable de la part des responsables politiques de cautionner l’installation de ruchers dans des lieux publics aussi fréquentés. « La question a en effet été posée lors des discussions au conseil régional », admet Sandrine Kocki, du service presse de la région Ile-de-France. « Mais il n’y aurait qu’à peine une quinzaine de morts par an », poursuit-elle. Voilà qui est en effet rassurant… En réalité, le chiffre que donnent les services de santé se situe plutôt entre 6 à 27 morts par an, à comparer aux 23 décès qui ont fait suite à l’affaire de la vache folle. Reste à savoir qui sera tenu responsable en cas de décès : le conseil régional ou le syndicat de M. Clément ? « Pour notre part, nous avons souscrit une assurance par le biais de l’Unaf », répond en toute tranquillité Catherine Ribe. Les personnes qui seront concernées sauront donc à qui s’adresser…
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